Nous sommes doublement heureux, et d'offrir cette primeur à nos abonnés, et de pouvoir illustrer le texte de M. Anatole France de douze compositions originales gravées sur bois, du dessinateur Steinlen, empruntées à l'édition de grand luxe de L'Affaire Crainquebille, publiée par l'éditeur Edouard Pelletan, au prix de 600 francs sur japon ancien, et de 80 francs sur vélin.

LA FÊTE DES VIGNERONS, A VEVEY

Nous avons publié la semaine dernière des photographies donnant une idée d'ensemble du magnifique spectacle qui fut organisé à Vevey pour la Fête des Vignerons de 1905. Mais le cliché photographique--cet incomparable instrument d'illustration--est malheureusement impuissant à rendre le mouvement, la gaieté, la grâce ou la majesté des cortèges, des danses et des reconstitutions scéniques. Les dessins de Georges Scott, que nous reproduisons aujourd'hui en quatre pages tirées à part, sont, au contraire, une évocation vivante du poème qui se déroula sur l'immense scène du théâtre en plein air de Vevey... Évocation forcément incomplète: il faudrait un gros album de dessins semblables pour représenter tous les groupes différents dont M. Jean Morax dessina les costumes et régla harmonieusement les mouvements.

Dans L'Illustration du 12 août, nous avons indiqué, en quelques mots, la donnée du poème, qui mettait en scène, en tableaux animés par des chants et des danses, les principaux événements de la vie rustique, échelonnés au cours de l'hiver, du printemps, de l'été et de l'automne. Il convient de nommer le poète: M. René Morax, frère du dessinateur. L'auteur de la musique est M. Gustave Doret, dont la partition contient d'admirables morceaux.

Rappelons aux collectionneurs de l'Illustration que, dans le numéro du 17 août 1889, parurent des dessins et un article sur la précédente Fête des Vignerons de Vevey: ils s'y reporteront avec plaisir.

COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE ÉTRANGÈRE

... Au Luxembourg. La paix des grandes vacances enveloppe les jardins et il y a comme du repos dans l'air déjà moins brûlant qu'on respire. Une brise passe, en coups d'éventail légers, sous les arbres pleins d'ombre, et les feuilles sèches qui en tombent (comme l'automne vient vite à Paris!) font de petites taches brunes sur le sable des allées. Pour deux sous, donnés à la loueuse de chaises qui m'a reconnue et me sourit, je savoure, après des mois de vacarme et de fièvre, la volupté de vivre dans du calme; cela est doux comme la sensation de souffrance abolie qui suit une rage de dents, et deux petits vers chantent en moi:

Ah! qu'il est doux de ne rien faire

Quand tout s'agite autour de nous...