C'est ici que mon amie la baronne P.... et son fils «se reposent» des fatigues de l'hiver parisien. Ils m'avaient conviée à venir partager avec eux ce repos. Je suis venue. Et je les regarde se reposer.

Ce spectacle me divertit infiniment. La baronne, à Paris, faisait deux toilettes par jour: toilette d'intérieur ou de visite; toilette de dîner ou de soirée. Elle n'en fait, ici, jamais moins de quatre: elle s'habille pour le bain; elle s'habille pour la plage ou pour la promenade; elle s'habille pour la table d'hôte; elle s'habille pour le casino.

Son fils Jean n'est pas moins occupé qu'elle, et je ne croyais pas--avant de l'avoir vu--qu'un homme pût avoir l'héroïsme de s'habiller et de se déshabiller si souvent en l'espace d'une seule journée. Jean m'émerveille. Entre neuf heures du matin et neuf heures du soir, je l'ai vu successivement chaussé de souliers blancs, de souliers gris, de bottines fauves et d'escarpins noirs. Je l'ai vu coiffé d'un chapeau de drap, d'un «canotier» de paille, d'une casquette blanche ou bleue de yachtsman, d'un tyrolien de feutre noir. Tous les matins, il exhibe une chemise de couleur d'un dessin nouveau, et la série de ses complets est très remarquée.

Chacune de ces tenues correspond à une besogne différente de la journée et du soir; et ces besognes sont d'une extrême diversité.

Le matin, après le bain, promenade à bicyclette. Déjeuner; puis footing, visite à la plage; automobile pendant une heure ou deux. Retour en ville; thé, flânerie au casino. Dîner; musique ou théâtre.

Je demande à mes amis:

--Vous ne connaissiez pas la pièce qu'on joue ce soir?

--Si. Nous l'avons vu jouer à Paris.

--Moins bien qu'ici?

--Non pas. Beaucoup mieux.