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L'homme sincère est humilié de ses défauts, le vaniteux de les voir connus. G.-M. Valtour

LES SOIXANTE-QUINZE ANS
DE FRANÇOIS-JOSEPH

Il y a huit jours à peine, c'était, dans tout l'empire austro-hongrois, une grande fête carillonnée. En Bohême, dans le royaume de Hongrie, en Styrie, en Transylvanie, en Galicie, en Croatie, dans le Tyrol, à Trieste même, des bords de la Vistule aux rives de l'Adriatique, les cloches jetaient au vent des notes joyeuses d'alléluia. Et, dès l'aurore, dans les églises, où commença cette fête presque religieuse, des prières étaient dites dans toutes les langues, dans tous les idiomes des deux monarchies pour le souverain vénérable qui venait d'atteindre sa soixante-quinzième année.

L'empereur François-Joseph Ier, dont l'Autriche et la
Hongrie viennent de célébrer le 75e anniversaire.
--Dessin d'après nature de Theo Zasche.

Assurément, si, de nos jours, régner c'est non plus diviser, mais savoir être aimé, François-Joseph d'Autriche et de Hongrie s'est heureusement acquitté de sa mission de roi. Ce vieillard au regard triste, au front las, accablé par cinquante-sept ans de pouvoir souverain, meurtri par les deuils de sa maison, angoissé par la fragilité de ses couronnes, a plus obtenu de l'amour de ses peuples que de l'habileté de sa politique. Un grand diplomate russe, le prince Gortschakof, qui fut un irréconciliable ennemi de l'Autriche, disait de cet empire qu'il était un gouvernement et non point un État. Le mot fit fortune, car il était juste et cruel. Un enchevêtrement de nationalités ne constitua jamais une nation. Les peuples soumis au sceptre des Habsbourg ne sont même pas des peuples frères. Ce sont des demi-frères ennemis ou même seulement, comme les Croato-Serbes et les Roumains, des frères adoptifs peu satisfaits de l'adoption et qui demandent à reprendre leur place ancienne dans leurs familles d'origine. Et, cependant, malgré ces divisions nationales, ces revendications séparatistes exclusives d'un patriotisme commun, en dépit de la crise hongroise actuelle, l'empire se maintient intégral avec une cohésion apparente. C'est qu'entre ces peuples désaffectionnés les uns des autres subsiste encore un lien magnétique admirable et rare, qui est la vénération presque unanime vouée au souverain. Si les peuples ont les caprices, la turbulence et l'enthousiasme des enfants, ils en ont aussi les attendrissements faciles. La redoutable question d'Autriche ne se posera pas tant que vivra François-Joseph. On évitera à son grand âge la tristesse d'une dislocation monarchique. Il est si vieux, le père Franz, si blanc, il a tellement souffert dans sa maison, qu'on n'oserait lui imposer encore le plus cruel de tous les chagrins de sa vie. Et c'est bien assez que François-Joseph, demeuré le point d'attraction de toutes ces forces centrifuges, ait l'amertume de constater que ses sujets si divers ne communient plus les uns les autres qu'en cet amour de lui-même.

Qu'il règne encore longtemps, le vieux souverain paternel! Ce n'est pas seulement le voeu de ses peuples, c'est encore le voeu de l'Europe, que les complications éventuelles effrayent et qui a peur des lendemains. C'est aussi, moins intéressé et tout affectueux, le voeu d'un ami de longue date de François-Joseph, du roi d'Angleterre, qui a tenu à porter lui-même à l'auguste septuagénaire ses félicitations royales. On a beaucoup écrit au sujet de cette rencontre, à Ischl, d'Édouard VII et de François-Joseph. Des esprits imaginatifs ont voulu lui donner la portée d'une grave manifestation politique. Rien n'est plus inexact. Les jours de fête, on ne parle pas d'affaires. On s'est inquiété du long détour qu'Edouard VII, se rendant à Marienbad, a fait pour s'arrêter à Ischl. Cela n'est pas de nature à modifier le caractère de l'entrevue. Le souverain britannique est très capable de s'imposer un supplément de fatigue pour remplir un devoir de convenance respectueuse; car, si l'empereur d'Autriche et le roi de Danemark sont les souverains les plus vénérés de l'Europe, il est également vrai qu'Edouard VII en est le plus courtois des princes.

LE PLÉBISCITE UNANIME DU PEUPLE NORVÉGIEN EN FAVEUR DE LA SÉPARATION