Photographie prise à Bergen le jour du vote: la population défile devant la statue du président Christie, ornée d'un cartouche avec le «Ia» (oui) patriotique.--Cliché Meyer.

Le 15 août avait lieu le plébiscite national qu'avaient réclamé les Chambres suédoises, par lequel le peuple norvégien devait donner son avis sur la question de la dissolution de l'union entre la Suède et la Norvège. Les résultats en ont émerveillé ceux-là mêmes qui étaient les plus sûrs des sentiments séparatistes de la nation norvégienne. Alors, en effet, que 368.200 voix se prononçaient pour la rupture, 184 seulement étaient contre. Jamais on ne vit unanimité plus complète dans les voeux d'un pays.

Partout, on est allé au scrutin, joyeusement, comme à une fête. Mais l'une des manifestations les plus originales de l'allégresse des Norvégiens a été faite à Bergen. Sur la place Torv-Almenning se dresse la statue de Christie, qui fut le président du premier Storthing norvégien, en 1814, au moment où la Norvège rompit le pacte d'union qui la liait au Danemark et déjà se proclama indépendante. Cette statue avait été ornée de fleurs et, sur la tête du grand patriote, on avait posé une couronne. En avant du piédestal, un cartouche portait le vote de Christie, comme si, du fond de la tombe, la voix de l'homme d'État dictait leur devoir à ses compatriotes: «Oui. Nous aimons notre pays.» Et les cortèges populaires, où des femmes, qui n'étaient pas les moins enthousiastes, accompagnaient les électeurs, leurs proches, se rendant au scrutin, défilèrent tout le jour devant le monument.

M. Adatchi. M. Otchini. Baron Komura. M. Takahira. M. Sato de Plançon. M. Naboukof. M. Witte, baron de Rosen. M. Korostovetz.
LES NÉGOCIATIONS DE PAIX A PORTSMOUTH.
--Les plénipotentiaires en séance, le 14 août.

Photo copyright Grantham Bain, New-York.

M. William Bouguereau sur son lit de mort.--Phot. Godefroy.]

M. WILLIAM BOUGUEREAU

Peu de peintres, en ces cinquante dernières années, ont joui d'une notoriété égale à celle de M. William Bouguereau. Il vient de mourir à quatre-vingts ans. Depuis 1849, année de son début, avec l'Égalité devant la mort, il n'avait cessé de peindre, très vaillamment, sans jamais un repos, sans une halte. Peut-être, dans ce long espace de temps, n'a-t-il pas déserté un seul Salon.

Il était né en 1825 dans cette même ville de la Rochelle, où il s'est éteint dans la nuit de samedi à dimanche, à laquelle il était demeuré affectueusement attaché et où il avait gardé un hôtel qu'il habitait chaque été. Elevé par son oncle, l'abbé Bouguereau, archiprêtre de Saint-Louis de Rochefort, il avait d'abord embrassé la carrière commerciale et travaillé quelque temps chez un négociant de Bordeaux. Puis, les goûts artistiques s'éveillant en lui, il vint à Paris, doté d'une bourse de son département, et entra dans l'atelier de Picot. Prix de Rome ex aequo avec Paul Baudry en 1850, il partait pour la Villa Médicis.