Comme M. Jaluzot, M. Cronier avait joué sur les sucres, --joué et perdu des sommes considérables qu'il est difficile de chiffrer exactement, mais qu'on a évaluées aux environs de 100 millions. Il était le liquidateur de la succession de M. Henry Say, et la majeure partie de la fortune des héritiers Say serait, à ce qu'on assure, engloutie dans la catastrophe.

Cependant M. Ernest Cronier jouissait de la confiance, de l'estime, de l'affection générales. Le 26 octobre 1901, les administrateurs de la Société des Raffineries Say, tout le personnel des usines, offraient à leur président, arrivé «à l'apogée de sa carrière», disait la dédicace d'une photographie qui lui fut remise, une double plaquette en or et en argent due au médailleur M. O. Roty, et qui n'est d'ailleurs pas son chef-d'oeuvre. On entendait fêter l'homme qui avait conduit la maison Say à la victoire à l'Exposition de 1900, le philanthrope qui avait secondé M. Henry Say dans la fondation des oeuvres d'assistance en faveur des employés et ouvriers des usines. Et les devises modelées par M. Roty aux deux faces de son oeuvre célébraient la Prévoyance, la Solidarité, et aussi l'Initiative, la Justice et la Bonté. Enfin le maître graveur avait repris, au bas de l'allégorie où la Reconnaissance apportait des fleurs à M. Cronier, une phrase appliquée par M. Henry Say à son collaborateur: «...Son génie n'a d'autre rival que son coeur...» Hélas!... comme dit le grand tragique grec: «Ne proclame jamais un homme heureux qu'après sa mort...»

L'assemblée extraordinaire des actionnaires du Printemps, le 28 août.

M. Ernest Cronier.--Phot. Nadar.

NOTRE SUPPLÉMENT MUSICAL

La création, aux Arènes de Béziers, des Hérétiques, opéra en trois actes de M. Ch. Levadé sur un poème de M. A. Ferdinand-Hérold, a été l'événement artistique de la huitaine. Deux représentations en ont été données, les 27 et 29 août. Elles ont été extrêmement brillantes.

La partition de M. Ch. Levadé est pleine de couleur et de vie, tour à tour attendrie, émouvante, et atteint à une grande énergie dans les passages dramatiques. Devant un public où la critique parisienne, si exigeante, si raffinée, se mêlait à une foule passionnée de musique, elle a obtenu un très franc succès.

Le fragment que nous publions dans notre supplément musical: Loin du monde impur, est l'air que chante, à son apparition en scène, Bellissenda, femme de Roger, comte de Béziers, le héros du drame.