L'affaire a fait du bruit et je suis contente de voir que, depuis huit jours, une belle fureur s'est déchaînée contre l'architecte ambitieux par qui fut lancé ce projet fou. Car l'idée est d'un architecte, je le jurerais. Pour éprouver le besoin de raser une forêt et de mettre à la place des maisons à six étages que personne ne réclame, il faut être celui qui les construira. Ou alors on est inexcusable.

Mais il est probable que, cette fois, les amis des arbres auront raison des amis du bâtiment et que notre bois de Boulogne nous sera conservé. L'opinion publique, ordinairement si divisée sur la moindre des affaires qui nous occupent, s'est prononcée de façon trop unanime et trop violente sur celle-ci pour qu'il n'y ait pas imprudence à dédaigner sa protestation.

C'est que les Parisiens aiment passionnément leurs vieux arbres. Pourquoi? Encore une question que les moralistes se sont posée. Quelques-uns, pleins d'esprit et de sensibilité, prétendent attacher un sens philosophique à cet amour. Ils pensent qu'inconsciemment nous sommes séduits, émus par ce qu'un bel arbre exprime de solidité, de puissance, de vitalité toujours renouvelée. Au milieu d'une société qu'agitent tant de fièvres, un si frénétique besoin de mouvement et de changement, l'arbre est un reposant symbole: il est ce qui ne bouge pas, et qui dure.

Sans doute. Mais nous aimons les arbres, je crois, pour de plus simples raisons, et moins «littéraires»: parce que, dans une ville où l'on a la passion de la campagne, ils sont pour nous l'illusion de la campagne et nous en apportent--à domicile, presque --la fraîcheur et le parfum; et que nous restera-t-il de cette illusion-là quand nos arbres n'existeront

Le général Dessirier, gouverneur de Paris,
se reposant au pied d'un arbre.
plus? D'autres villes ont des fleuves, des rivières, le long desquels il est de douces flâneries permises; Paris ne connaît pas cette joie, et n'est-ce pas une chose lamentable que la Seine y soit, à peu près partout, inaccessible aux promeneurs?

Nous avons fait de la Seine un ruisseau d'eau sale à l'usage des chalands et des bateaux-mouches; de ses ponts, l'abri des gens sans domicile; de ses quais, l'asile des tondeurs de chiens. Pas une terrasse où s'asseoir; pas un coin propice à la rêverie. Il est vrai que, dimanche dernier, la foule s'y précipita et que, sur ses berges, du pont de Bercy au viaduc d'Auteuil, plus une place, dès huit heures du matin, n'était à prendre: on s'y disputait un prix de natation! Mais ce sont là des événements exceptionnels et qui ne sauraient fournir aux Parisiens amants de la nature un suffisant aliment de plaisir. Ils préféreraient un fleuve dédaigné de Holbein, de Burgess et de Paulus, mais au bord duquel une heure de bonne sieste fût possible...
Sonia.


M. Berteaux, le général Brugère et le général Dessirier.

Le général Chaffee, chef de la mission américaine AUX GRANDES MANOEUVRES DE L'EST.

LES GRANDES MANOEUVRES

L'importance et la qualité des troupes engagées, le thème stratégique et la configuration du terrain, la personnalité des officiers généraux, donnaient un intérêt particulier aux grandes manoeuvres qui viennent de se dérouler dans la région de l'Est. Chacune des deux armées en présence comprenait deux corps d'armée et deux divisions de cavalerie. D'un côté, le 6e corps, ayant son siège à Chalons-Sur-Marne, et le 6e corps provisoire, sous les ordres du général Hagron, considéré comme le futur généralissime; d'autre part, le 20e corps (Nancy) et le 5e (Orléans), commandés par le général Dessirier, gouverneur de Paris. La direction suprême était exercée par le généralissime Brugère.