La concentration des troupes s'est effectuée dans les vallées de la Marne et de l'Aube. L'armée du général Dessirier, manoeuvrant au sud, dans la région de Bar-sur-Aube, devait s'opposer à la marche de l'armée du général Hagron, descendant de Vitry-le-François sur Brienne, où elle devait se frayer un passage vers la vallée de la Seine. C'est dans cette même plaine de Champagne qu'avaient été inaugurées, en 1891, les manoeuvres d'armée. A quelques kilomètres de la petite ville de Brienne, dont l'école militaire eut pour élève Bonaparte, les deux armées se retrouvaient à l'endroit même où Napoléon préparait les victoires de Champaubert et de Montmirail. Ces vastes champs peu accidentés, propices aux longs déploiements, mais ne leur offrant point d'abris, coupés de quelques rivières suffisantes pour compliquer les mouvements de retraite, offraient aujourd'hui à nos généraux un terrain excellent pour comparer les enseignements de la tactique napoléonienne avec les exigences et les ressources de l'outil militaire moderne.

Après une série de manoeuvres partielles destinées surtout à établir un lien entre les diverses unités, le général Dessirier, conformément au programme, s'est laissé refouler jusqu'à l'Aube, sous les yeux de M. Loubet qui avait tenu à assister, en compagnie de M. Berteaux, ministre de la Guerre, au dernier épisode des manoeuvres.

Malgré un temps peu favorable, les troupes ont fait preuve d'une rare endurance. Les débuts du corps des cyclistes, dont nous avons rapporté les prouesses dans notre dernier numéro, ont été fort remarqués. Parmi les officiers étrangers, la mission américaine, ayant à sa tête le lieutenant général Chaffee, fut très entourée. Le représentant des Etats-Unis, qui a paru très frappé de la vivacité du soldat français et qui était en complet kaki a, comme tant d'autres, à tort ou à raison, déclaré nos uniformes beaucoup trop voyants.

UNE NOUVELLE "MINISTRESSE"

M. Clémentel.--Phot. Otto. Mme Knowles, fiancée de M. Clémentel.--Phot. Reutlinger.

Parmi les manies parisiennes, il y en avait une, récemment encore, qui se manifestait à l'occasion des fêtes officielles, bals et cérémonies, où, à côté de nos présidents et de nos ministres, apparaissaient leurs femmes, et qui consistait à déclarer de confiance: «Comme nos grandes dames républicaines sont mal! Comme elles s'habillent mal!» Ce n'était, le plus souvent, que l'expression d'un préjugé injuste et qui faisait sourire ceux qui avaient été admis à voir de près le personnel féminin de certaines cours d'Europe.

En publiant les portraits des «ministresses», au moment de la formation des derniers cabinets (Waldeck-Rousseau, Combes et Rouvier), L'Illustration a prouvé péremptoirement que la beauté, la grâce et l'élégance sont, au contraire, loin d'être exclues des salons officiels.

Nous sommes heureux de pouvoir ajouter ici, à la série des portraits de femmes de nos ministres actuels (parue le 11 février dernier), un nouveau portrait, qui ralliera les suffrages des plus difficiles.

On annonce en effet la très prochaine entrée dans le ministère d'une nouvelle «ministresse», qui sera admirée entre toutes. M. Clémentel, ministre des Colonies, veuf depuis plusieurs années [1], se remarie: il épousera, au mois d'octobre, une jeune veuve, Mme Knowles, que les fées d'autrefois et celles d'aujourd'hui ont comblée de leurs dons. Les fées anciennes ne lui ont pas marchandé, notre portrait l'atteste, les grâces ordinaires de la femme; les fées de la fin du dernier siècle l'ont dotée des qualités sportives, devenues non moins nécessaires, lui ont donné le goût de la chasse et de l'automobile, ont fait d'elle un type accompli de femme moderne.