En d'autres temps, le Maghzen eût cédé sans délai. Mais, en cette circonstance, il était décidé à profiter autant qu'il lui serait possible de la dernière fantaisie de la politique allemande, à jouer de l'antagonisme entre les grandes puissances européennes que lui ont révélé et la démarche personnelle de Guillaume II, et l'envoi de l'ambassade de M. de Tattenbach. Il n'allégua même pas, et ne pouvait alléguer, qu'il ignorait la nationalité du captif. Il garda Si Bou M'Zian el Miliani sous clé. Il prépara même sa mise en accusation, comme coupable d'avoir correspondu avec le prétendant Bou Hamara.
L'Allemagne fut-elle effrayée elle-même des conséquences de son intervention dans les affaires marocaines? L'attitude du gouvernement marocain fut désapprouvée par la presse d'outre-Rhin, et il apparaît que l'envoyé extraordinaire de Guillaume II à Fez la désavoua aussi, sur un ordre d'en haut.
Le sultan et ses ministres cédèrent, à contre-coeur et de très mauvaise grâce. Ou relâcha bien Bou M'Zian, après un mois de détention, mais sans faire à notre représentant aucune excuse.
Déjà, le gouvernement français avait fait parvenir à M. Saint-René-Taillandier le texte d'un ultimatum que M. Marc, premier drogman à la légation, fut chargé de notifier au Maghzen. Les termes en étaient nets et exigeaient une prompte et complète satisfaction.
Le sultan comprit qu'il fallait s'incliner. Sur son ordre, le grand vizir, Si Fedoul Gharnet, se rendit en personne, le matin du 4 septembre dernier, à la légation et présenta à notre ministre les excuses de son gouvernement. Il lui annonçait que le caïd coupable avait été révoqué, et lui remettait, en cinq chèques sur la Banque de Paris et des Pays-Bas, la somme de 2.700 douros réclamée par Si Bou M'Zian. Enfin, il donnait l'assurance que le Maghzen ferait son possible pour que de pareils manquements aux traités et aux coutumes ne se produisissent plus.
DOCUMENTS et INFORMATIONS
La vaccination contre le choléra.
L'apparition du choléra en Russie, puis en Allemagne, peut faire craindre l'extension du fléau jusqu'à l'extrémité occidentale de l'Europe. C'est par ces pays qu'il a coutume de passer pour venir chez nous.
S'il vient, comme cela est probable, que faut-il faire?
A cette question, il est facile de répondre. On peut très bien indiquer les précautions à prendre. Mais il faut bien se dire qu'on peut, tout en les prenant, devenir aussi victime du mal; le microbe a bien des moyens de se faufiler. Quoi qu'il en soit, il importe essentiellement de réduire le nombre de ces moyens, et c'est ce à quoi on arrivera en observant quelques pratiques très simples. La principale, c'est, en temps d'épidémie, de ne plus employer, comme boisson ou pour la toilette (pour toute la toilette) que de l'eau bouillie. On fait, en se levant, toute sa toilette à l'eau bouillie; on évite de toucher de l'eau non bouillie ou les récipients où il vient d'y avoir de l'eau non bouillie. On se lave soigneusement les mains avant les repas; on ne consomme les légumes et fruits que cuits. Toute l'alimentation, toute la boisson, doivent avoir été stérilisées par la chaleur. Ne pas se fier aux eaux filtrées, ni aux eaux minérales ou dites de source. Aucun filtre existant ne constitue une garantie sérieuse contre n'importe quelle maladie transportée par l'eau; aucun filtre, si coûteux qu'il soit, si scientifiquement compris et attentivement surveillé qu'il puisse être, ne donne la sécurité que procure l'ébullition de l'eau. Pour les eaux minérales, ou de source, il faut bien savoir qu'elles peuvent se contaminer comme les autres eaux de source; elles ne donnent qu'une sécurité illusoire, car elles peuvent être pures pendant un temps et tout à coup cesser de l'être. L'eau bouillie, elle, est toujours pure: c'est la seule eau pure.