Il faut bien se dire, toutefois, que les mesures d'hygiène, de nettoyage, de désinfection, n'ont jamais suffi à enrayer une épidémie de quelque violence. Du reste, aucune maladie infectieuse n'est en voie de diminution, sauf la variole. C'est que la variole est la seule contre laquelle on dispose d'un traitement préventif, qui est la vaccine. On a un vaccin curatif pour d'autres maladies, mais ce vaccin ne diminue pas le nombre des cas: voyez par exemple ce qui se passe pour la diphtérie. On la traite assez bien maintenant; mais, si l'on réduit le nombre des morts, on ne réduit pas le nombre des cas. On ne diminue la proportion des cas de maladie infectieuse que là où l'on possède le vaccin préventif.
Ce vaccin existe pour le choléra. Depuis plus de dix ans on vaccine contre le choléra aux Indes, et avec grand succès; la chose est entrée dans les habitudes et la méthode est si bien assise que l'on ne prend plus la peine d'en faire connaître les bienfaits, pas plus que pour la vaccine en Europe. Pour le degré d'efficacité de la vaccination anticholérique imaginée par M. M. Haffkine, un ancien préparateur à l'Institut Pasteur, il ressort très simplement de quelques statistiques faites aux Indes, à Degubaar, à Karkuri, à Bilaspur.
Voici pour Degubaar:
Cas de choléra. Morts.
Non vaccinés 254 12 10
Vaccinés 407 5 0
A Karkuri:
Non vaccinés 198 15 9
Vaccinés 443 3 1
A Bilaspur:
Non vaccinés 100 5
Vaccinés 150 1
Dans tous les cas qui précèdent, vaccinés et non vaccinés vivaient dans les mêmes conditions, occupés aux mêmes travaux, appartenant à la même classe sociale.
Le vaccin de Haffkine est le seul vaccin que l'on possède contre le choléra. Il est en outre excellent, comme les chiffres précédents le font voir. La durée de l'immunité qu'il confère va de six mois à un an.
Mais il n'est pas curatif: il ne sert de rien de l'injecter à un cholérique. C'est un remède préventif, destiné à rendre les sujets non cholériques réfractaires à l'infection.
Les ports de Gênes et de Marseille.
La rivalité qui s'est établie entre les deux grandes cités maritimes de la Méditerranée est digne d'attention et, chaque année, on note avec soin les péripéties de ce duel, dont le résultat pourrait être fatal à l'un des deux adversaires en présence.
En 1904, le mouvement de Marseille est encore supérieur à celui de Gênes de 3.614 bâtiments, 1.283.776 tonneaux et 270.889 tonnes de marchandises.
Toutefois, l'écart, qui s'était relevé en 1903 en faveur de Marseille, a baissé l'année dernière de 1.244 navires, 1.698.453 tonneaux de jauge et 713.363 tonnes de marchandises.