Je n'ai jamais trouvé que des ministres fassent des personnages intéressants à observer; mais leurs auditoires m'amusent. J'ai lu quelque part que Gavarni, recevant la visite d'un apprenti dessinateur, lui demanda:
--Que faites-vous de vos dimanches?
--Je vais au Louvre, dit le débutant.
--Bon, cela. Et, au Louvre, qu'est-ce que vous faites?
--Je regarde les tableaux.
Gavarni fit une grimace.
--Mon enfant, dit-il, quand on va au Louvre il ne faut pas regarder les tableaux. Il faut regarder les gens qui regardent.
C'est bien là ce qui me rend si précieux le spectacle de certaines fêtes officielles: regarder les gens qui regardent... Je me suis, il y a cinq jours, offert ce plaisir à Saint-Dizier; et j'en reviens extrêmement intéressée et surprise par ce que j'y ai vu.
J'y ai constaté que Paris s'obstine à nous décrire une province qui n'existe plus,--ou qui est en train de disparaître. Paris ne se contente point de se dénigrer lui-même; il lui plaît de caricaturer sa province aussi. Il trouve spirituel de nous la montrer «retardataire» en sa manière de vivre, gauche en ses propos, même un peu comique en ses façons de suivre nos modes et de s'habiller. Paris se trompe.
J'assistais dimanche, d'un coin de la place d'Armes de Saint-Dizier, au défilé des délégations qui entraient à la mairie pour y saluer les représentants du gouvernement. Il y avait là toute la ville, ou à peu près; car il faut être aujourd'hui bien négligent, bien misanthrope ou bien discrédité pour n'être pas «d'un groupe» et n'avoir point, les jours de fête, une bannière derrière quoi marcher. Si l'on n'est ni fonctionnaire, ni conseiller municipal, on est au moins d'un orphéon, d'une fanfare ou d'un syndicat; on est mutualiste, on est gymnaste, on est vétéran de l'armée d'hier ou pupille de l'armée de demain.