C'est, on s'en souvient, au commencement de l'année dernière, qu'éclata la révolte des Herreros, une des peuplades de la colonie allemande du Sud-Ouest africain, dont elle occupe la partie septentrionale, le long du littoral de l'océan Atlantique, jusqu'à la colonie portugaise de Mossamedès [2] Les Herreros ou Beest-Damara (Damara du bétail) appartiennent à une des plus belles races de l'Afrique; ils sont de haute stature, vigoureux, de physionomie assez ouverte, mais de caractère irritable et, pour peu que la lutte les surexcite, enclins à la férocité. Au nombre de cent mille, ils ont pu mettre sur pied environ trente mille guerriers, aujourd'hui bien entraînés; quoique la plupart d'entre eux aient conservé la tenue sommaire des sauvages, ils ont emprunté aux Européens certaines de leurs façons de combattre et savent faire «parler la poudre», le fusil à la main.
[Note 2: Voir L'Illustration du 30 janvier 1904.]
Un beau type de Herreros.
Il fallait compter sérieusement avec de pareils adversaires, favorisés d'ailleurs par les conditions naturelles du pays et par l'agitation belliqueuse de peuplades voisines, Hottentots, Ovambas. L'Allemagne l'a constaté à ses dépens: depuis bientôt deux ans que dure cette campagne, elle lui a déjà coûté la vie de près de deux mille soldats et plus de trois cents millions de francs; à diverses reprises, et récemment encore, elle a dû expédier là-bas des renforts considérables, hommes, chevaux, artillerie, matériel, service d'ambulances.
Le général de Trotha va, il est vrai, avoir un successeur en qualité de gouverneur de la colonie: M. de Lindiquist, ancien consul général au Cap, qui se fait fort de réaliser promptement la pacification par des mesures énergiques; un avenir prochain nous apprendra si sa tâche est aussi aisée qu'il le présume.
En somme, au bout de vingt ans, l'Allemagne n'a pas réussi à consolider définitivement sa domination dans le Sud-Ouest africain. Après s'y être établie en 1884, elle n'y a ménagé ni les hommes, ni les capitaux; elle y a multiplié les ouvrages fortifiés, les casernes; elle s'est efforcée d'y attirer les Boers, notamment à l'époque de la guerre du Transvaal, et, malgré tout, son oeuvre coloniale n'est guère plus avancée qu'au début. Aussi, ces soulèvements d'indigènes, cette résistance prolongée des Herreros, ne sont-ils pas, à l'heure présente, un des moindres soucis du gouvernement de Berlin.
LA MISSION BRAZZA
Le gouvernement de la République prépare à Savorgnan de Brazza des funérailles solennelles. En attendant, il a veillé à ce qu'aucun honneur ne fût marchandé à la dépouille mortelle du grand explorateur, amenée à Marseille par le paquebot les Alpes, au moment où elle allait toucher la terre de France. Mais, quelques devoirs qu'on lui prodigue, rien ne saurait effacer, dans le souvenir de ceux qui accompagnaient de Brazza dans son voyage, la vision de son débarquement à Dakar lorsque, terrassé par la maladie, il dut quitter la Ville-de-Maceio, qui le rapatriait, laissant les compagnons de son dernier labeur poursuivre leur route vers la patrie, tandis qu'il s'en allait expirer à l'hôpital, sur cette terre d'Afrique où il avait accompli une si grande oeuvre, au temps de sa belle vigueur.