APRÈS LE TREMBLEMENT DE TERRE.--Femmes blessées à l'hôpital de Catanzaro.
--Phot. A. Croce.

COMMENT ON DESSINE
UNE ÉCLIPSE DE SOLEIL

Croquis exécuté en 2 minutes 55 secondes, pendant l'éclipse totale, à Sfax (Tunisie). Dessin de reconstitution de l'éclipse totale exécuté d'après le croquis ci-contre.

M. l'abbé Moreux, directeur de l'observatoire de Bourges, était à la tête de celle des missions françaises qui avait choisi Sfax, en Tunisie, pour observer l'éclipse totale du 30 août dernier. Il a bien voulu nous communiquer le croquis qu'il a exécuté pendant l'éclipsé même et le dessin qu'il a fait ensuite d'après ce croquis, en expliquant à nos lecteurs «comment--et pourquoi--on dessine une éclipse de soleil».

Malgré tout ce que les journaux ont publié, nous ne pensons pas faire injure à nos lecteurs en supposant que bien peu d'entre eux se font une idée nette d'une éclipse totale. On pense généralement que la beauté d'un semblable phénomène est réservée aux seuls initiés, aux astronomes surtout, munis de puissants instruments. En réalité, c'est exactement le contraire. Beaucoup de ceux qui sont attachés aux missions scientifiques céderaient volontiers leur place derrière un instrument pour pouvoir observer à leur aise et en dilettanti le spectacle merveilleux d'une éclipse totale.

A ceux qui m'interrogent à ce sujet, je me plais toujours à citer les paroles du célèbre Warren de La Rue. On lui demandait un jour quel instrument il préférait pour observer une éclipse: «Un coussin», répondit-il.

C'est qu'en effet le spectacle d'une éclipse totale ne revêt jamais dans un instrument le caractère de grandeur et de beauté du phénomène vu à l'oeil nu. La moindre lentille interposée entre l'oeil et la couronne solaire suffit à enlever une partie de la faible luminosité de ce voile léger et ténu auréolant le soleil à la façon d'une gloire et dont la constitution intime est le but de toutes les missions scientifiques.

L'un des points les plus essentiels est l'extension de cette lumière coronale qui varie avec l'activité solaire; or, il est d'expérience que la plaque photographique est impuissante à déceler les dernières limites de la couronne atteintes par un oeil expérimenté.