De là la nécessité, quand on le peut, de mettre au programme le dessin du phénomène pour fixer la forme des régions lointaines de cette sorte d'atmosphère cométaire.

Les lecteurs de L'Illustration ont donc sous les yeux la représentation de l'éclipse telle qu'un spectateur doué d'une bonne vue pouvait l'apercevoir le 30 août à Sfax.

Le premier dessin est le croquis de l'éclipse exécuté en 2 minutes 55 secondes.

La durée de la totalité à Sfax, quoique supérieure de plusieurs secondes à ce chiffre, ne m'a pas permis de consacrer au dessin tout le temps disponible, car je devais noter l'heure exacte des contacts et mon programme se doublait en quelque sorte.

Plusieurs minutes avant la totalité, j'ai pu suivre l'empiétement du disque lunaire sur le disque brillant du soleil à l'aide d'une lunette équatoriale. Les pics de la lune se découpaient très nettement sur le fond d'un jaune d'or éclatant. En même temps l'éclat du croissant diminuait peu à peu et, 30 secondes avant la totalité, le verre noir qui protégeait l'oeil devenait inutile.

Je pus alors constater que le mince croissant solaire se déchiquetait, offrant de nombreuses solutions de continuité. On eût dit les grains d'un chapelet brillant disposés en demi-cercle autour du disque noir de la lune. Ce phénomène est connu sous le nom de grains de Baily et, sur mon croquis, je l'ai indiqué comme atteignant sa visibilité maximum 5 secondes avant la totalité.

A ce moment la couronne apparut sur le côté opposé lançant ses rayons dans le ciel déjà obscurci; puis les derniers grains brillants disparurent, je pressai le bouton électrique du chronographe: l'éclipse était commencée.

On n'imagine guère l'activité qu'il faut déployer alors pour faire l'esquisse sommaire que vous avez sous les yeux.

Il ne peut être question de rendre l'effet produit. Il faudrait toute la gamme des couleurs et un temps beaucoup plus long que celui des plus longues éclipses atteignant 6 minutes au maximum.

On doit donc se borner à noter sur un papier préparé à l'avance et où l'on a tracé des circonférences éloignées entre elles d'un demi-diamètre solaire, les formes de la couronne. Cette esquisse doit se faire comme tous les dessins à main levée, c'est-à-dire que l'on indique d'abord les grandes lignes, se réservant ensuite le dessin de détail, s'il reste du temps.