PARAÎTRE, par MAURICE DONNAY, qui sera joué à la Comédie-Française;
PAQUERETTE ou LES ÉTRENNES, également par MAURICE DONNAY, qui sera jouée au théâtre Antoine.
Nous nous sommes enfin assuré le droit de reproduction de:
LA VIEILLESSE DE DON JUAN, par MM. MOUNET-SULLY et PIERRE BARBIER, qui sera jouée à la Comédie-Française.
COURRIER DE PARIS
Journal d'une étrangère
Lorsqu'un roi fait visite à Paris, c'est M. Lépine, préfet de police, qu'on voit d'abord précéder, en Victoria, son cortège. Aussi quelle joie parmi la foule, quand, dans le vacarme des premiers coups de canon, tout au fond de la grande avenue vide et bordée de baïonnettes, apparaît, comme blotti en un coin de sa voiture, M. le préfet,--barbiche grisonnante, oeil fouilleur, figure osseuse de vieux troupier à l'affût. On rit; on crie: «Vive Lépine!» Lépine aperçu, c'est la fête qui commence. Il porte un doigt au bord de son chapeau, et file.
Le revoici... Octobre va s'ouvrir et Paris fait sa rentrée. M. Lépine le précède, comme il précède les rois. La première exposition de la «saison» qui commence demain est un concours de jouets, dont il eut l'idée il y a quelques années et qui porte son nom. Concours Lépine! Les affiches sont posées partout, et cela signifie que les vacances sont finies. Aux coins des rues, les marchands de marrons, réinstallés, considèrent avec satisfaction le cortège de l'hiver parisien qui s'avance; et les familles vont, au Petit Palais des Champs-Elysées, se renseigner sur ce qu'a produit de nouveau, cet été, dans le loisir de la morte-saison, l'imagination des fabricants de jouets.
J'admire beaucoup les fabricants de jouets d'aujourd'hui; je les admire pour l'ingéniosité de leurs trouvailles et leur science profonde; mais, l'avouerai-je? je n'aime pas du tout les jouets qu'ils font. Le jouet d'aujourd'hui m'émerveille et me déplaît. Il est trop savant; il semble moins propre à amuser l'enfant qu'à faire valoir aux yeux des grandes personnes le génie du monsieur très instruit qui l'inventa. Les jouets qu'on me donnait dans mon enfance avaient déjà ce défaut. Je me souviens de ma première poupée. C'était une petite personne trop lourde, luxueusement vêtue, et qui parlait. Je la trouvai admirable pendant une heure, et puis elle m'ennuya infiniment, et très vite la monotonie de son sourire, de son gloussement mécanique, de son accoutrement fastueux me la fit détester. Et plus d'une fois je me pris à envier les petites filles du voisinage, enfants d'ouvriers que je voyais manier avec amour de pauvres poupées de carton, muettes et toutes nues; mais de vraies poupées, celles-là, qui ne jacassaient point et que le premier chiffon venu suffisait à parer chaque jour d'un semblant de toilette nouvelle. Le goût du luxe et les progrès de l'industrie ont changé tout cela, et le temps approche où il n'y aura même plus de jouets amusants pour les enfants pauvres. On leur vend pour vingt sous, trente sous, de ridicules petits chefs-d'oeuvre: des personnages ou des bêtes qu'un mécanisme anime et meut comiquement: un ours qui danse, un pompier qui monte à l'échelle, un cuisinier qui râpe une carotte, un perruquier qui taille une barbe... Le concours Lépine nous prodigue ces spectacles. L'enfant passe, regarde, s'étonne. On lui offre l'objet. Au bout de cinq minutes, il a fini d'être étonné; au bout de dix, il a cassé sa mécanique. Au diable le chef-d'oeuvre! Un pantin de bazar, compagnon de ses jeux, confident incassable de ses tristesses et de ses joies, n'eût-ils pas mieux fait son affaire?
Et, tandis que le concours Lépine ouvre ses portes aux petits enfants, le lycée rouvre les siennes à leurs grands frères. J'assiste en ce moment, dans quelques familles amies, à des conversations qui m'intéressent beaucoup: