J'ai marqué la principale préoccupation des deux volumes, si différents et si hostiles parfois, de M. Emile Ollivier et de Mme Adam. Ce qui fait le charme et l'intérêt passionnant du livre de M. Emile Ollivier, c'est qu'il participe à la fois de la grande et belle histoire et des mémoires familiers. Sans parti pris, par des faits quelquefois anecdotiques, l'auteur nous montre les craintes des esprits avisés. Ne nous découvre-t-il pas aussi comment, grâce à la politique extérieure et aux luttes intestines, nous nous sommes peu à peu acheminés vers la catastrophe? Ceux qui prirent le pouvoir en 1870 trouvèrent une situation qu'ils n'avaient pas créée et que, longtemps avant leur venue, avait dénoncée M. Thiers.
Mme Adam ne se borne pas, dans ses souvenirs, à la politique. Amie de George Sand, elle nous répète ce que la grande artiste lui a dit de ses amours avec Musset. L'enfant du siècle, Rolla, était en proie à l'alcool et à de basses fréquentations. A certains moments d'ivresse que ne put-il pas, en effet, dire à l'amie du voyage à Venise? Quels propos n'entendit-elle pas dans leurs fréquentes querelles? Mais je ne veux, en aucune façon, revenir sur cette histoire d'amour si douloureuse.
Plus plaisant nous apparaît Sainte-Beuve, nommé sénateur, essayant plus de vingt fois son costume, ne sachant s'il le choisirait collant ou aisé, aussi malheureux dans cette histoire d'habit et de tailleur qu'en 1848, lorsqu'il prit le train de l'exil pour Liège. Combien de lettrés et d'hommes politiques sont présentés par Mme Adam, qui mime leurs gestes et qui, sans méchanceté toutefois, en tire les ficelles! Nous avons là quelques marionnettes humaines, gesticulant et parlant au naturel. Hélas! le monde n'est-il pas comme un théâtre de fantochi? Tel nous le voyons souvent dans Mes Sentiments et nos Idées. Ce qui est singulièrement amusant, c'est la première visite de Gambetta au salon et à la salle à manger de Mme Adam. Rien de plus pittoresque. S'imaginant invité chez quelque bas bleu, il parut dans un costume peu décoratif et fut tout surpris de trouver là tous les hommes en habit et en cravate blanche. Pour le tirer de sa confusion, Mme Adam l'installa à sa droite, place que, du reste, il ne quitta plus dans la maison. On saisit, sur le vif, dans les pages de Mme Adam, ceux-là qui se préparaient au pouvoir en jetant leur première gourme dans l'opposition. M. Emile Ollivier nous peint de son côté les hommes du Parlement, en pleine possession de leurs moyens, combattant pour ou contre l'Empire, cherchant à se surpasser mutuellement et à occuper le premier rang. Retiré de tout, il a pu écrire cette substantielle et vivante histoire. Si la politique avait absorbé toute son existence, il n'aurait eu ni le temps, ni le calme nécessaire pour bâtir ce monument dans lequel entreront les historiens de l'avenir et où ils puiseront à pleines mains les renseignements précis et les jugements sans passion.
E. Ledrain.
Henner et Barrias, par A. Soubies; deux plaquettes illustrées, 1 franc l'une, Flammarion.--Almanach des spectacles, 1904. par A. Soubies, avec une eau-forte de Lalauze, Flammarion.
DOCUMENTS et INFORMATIONS
Une nouvelle industrie: la caséinerie.
L'industrie des beurreries, très ancienne et très connue d'ailleurs, vient de donner naissance à une nouvelle industrie, fort intéressante, et qui paraît appelée à un bel avenir.
Pour faire du beurre, on sépare la crème du lait, et il reste ce qu'on nomme le petit-lait. Mais que devient ce liquide? Généralement, on l'emploie à nourrir des porcs. Mais voici qu'on vient de s'aviser qu'il y avait à faire de ce liquide un emploi beaucoup plus lucratif et aussi beaucoup plus compliqué.
En effet, le petit-lait contient encore de la caséine et de la lactose.
Or, avec la caséine, on peut, en la solidifiant, fabriquer une foule d'objets à bon marché. Et, en effet, la caséine remplace avantageusement le celluloïd, dont elle n'a ni la mauvaise odeur, ni surtout la dangereuse inflammabilité.