A Paris.--Les funérailles officielles: le cortège passant devant le ministère de la Marine.

LA MORT DE SAVORGNAN DE BRAZZA ET SES OBSÈQUES EN FRANCE.

LIVRES NOUVEAUX

LES HISTORIENS DU SECOND EMPIRE[1]

[Note 1: Mes Sentiments et nos Idées avant 1870, par Mme Edmond Adam (Lemerre, 3 fr. 50). --L'Empire libéral, par Emile Ollivier Garnier, 3 fr. 50.]

Mme Adam et M. Emile Ollivier nous racontent la même époque, avec des opinions bien différentes. Ce qu'on disait dans son salon politique et parmi les inflexibles de l'opposition, Mme Adam nous le rend fort bien, avec une flamme que les années écoulées n'ont pas refroidie. Elle s'exprime comme si elle était encore en pleine bataille. M. Emile Ollivier retrace, lui, les luttes de tribune, les divisions qui sévissaient parmi les amis de l'empereur, la marche lente mais sûre vers l'Empire libéral et vers le ministère de janvier 1870, dont il fut le grand orateur.

A partir de 1866, une grande inquiétude règne en France, chez les sages esprits. M. Thiers, le 3 mai 1866, un mois avant la guerre qui devait aboutir à Sadowa, avait prononcé un magnifique et prophétique discours, dans lequel il avait recommandé au gouvernement de faire, du côté de l'Italie, le geste nécessaire et d'empêcher son alliance avec la Prusse. Peut-être à la date où M. Thiers monta solennellement à la tribune était-il déjà un peu tard; mais il n'avait pas ménagé précédemment ses perpétuels avertissements. Neftzer, un familier de Mme Adam et le créateur du Temps, ne cessa aussi de sonner l'alarme et de montrer du doigt la frontière de l'est, jusqu'à l'éclat de juillet 1870. Pour tout homme clairvoyant, M. de Bismarck voulait fermement la lutte et le démembrement de la France.

M. Ollivier nous déclare qu'en persistant à toujours montrer les nuages noirs accumulés à l'est, M. Thiers avait provoqué et déchaîné la tempête. Tel n'est point mon sentiment. L'homme d'État signalait le danger imminent, la nécessité de le conjurer, mais désirait fermement la paix et ne fit pas un mouvement capable de la compromettre.

Il fallait un certain courage pour donner sa pensée. La Prusse était populaire en France. L'opposition, accoutumée à répéter certaines déclamations contre l'Autriche, se réjouissait de ses humiliations. Au début, l'empereur lui-même et surtout le prince Napoléon, leurrés par certaines fantasmagories trompeuses et certaines caresses de M. de Bismarck, semblent avoir vu, d'un oeil favorable, la fortune croissante de la Prusse. Quand les écailles leur tombèrent des yeux, il était un peu tard. En 1868, le maréchal Niel soutint, à la tribune, une bataille pour une nouvelle organisation de l'armée et une augmentation des effectifs. M. Thiers se sépara, dans la circonstance, de ses amis de l'opposition et vota toujours en faveur de notre puissance militaire. Combien M. Jules Simon dut plus tard regretter amèrement ses paroles imprudentes! Il vivait, avec ses amis, en pleine légende, s'imaginant qu'au moment suprême la levée en masse de soldats improvisés pourvoirait à tout, et qu'à notre chant de la Marseillaise allaient s'évanouir les bataillons allemands. Se préparer à la guerre, enfermer des jeunes gens dans une caserne, les soumettre à la discipline militaire, excitait l'indignation de M. Jules Favre. Avec quelle brutalité les événements renversèrent, deux ans après, toutes les théories des deux orateurs! M. Emile Ollivier, d'une plume alerte, avec ses souvenirs et ses notes et une parfaite bonne foi, n'a rien oublié des erreurs parlementaires de l'époque. La majorité de la Chambre, fidèle à l'empereur, hésitait elle-même, dans la crainte des électeurs, à soutenir le maréchal Niel.

Dans le salon de Mme Adam régnaient un peu les mêmes idées qu'au Parlement. Ceux qui, plus tard, devaient faire leur mea culpa, comme Challemel-Lacour, ne montraient que de l'hostilité pour une aggravation du budget de la guerre et même pour les armées permanentes. Et cependant, de partout, arrivait un perpétuel cave. Nino Bixio, en Italie, le prince de Sagan rencontré en Allemagne, ne cessaient de le crier en même temps que M. Thiers et Neftzer. Sceptique et désabusé sur le reste, Mérimée, toutefois, s'animait jusqu'à l'éloquence et jusqu'aux larmes contre tout ce qui paraissait nuisible à la patrie.