Aussi ces humbles campagnards, ces pauvres villageois, sont-ils âpres à la besogne. Je parlais au début de ce jeune homme qui, la nuit, faisait le métier de kurumaya pour compléter ses frais d'école; d'autres vont distribuer le lait ou les journaux, de porte en porte, le matin au point du jour. On les appelle kugakusei, les écoliers qui peinent pour apprendre. Quelques-uns préfèrent se louer comme portiers ou garçons chez des avocats, des médecins ou des députés. On leur donne la nourriture et le logement; mais, comme ils sont pris toute la journée, ils ne peuvent fréquenter que les écoles du soir.
Travailleur, le Japonais l'est par ambition. Il étudie moins pour savoir que pour arriver. Aussi les jeunes gens aisés sont-ils généralement les plus paresseux. D'aucuns, à qui leurs parents aveugles ne refusent rien, font comme chez nous et dissipent le prix de leur pension au yoshiwara, dans les sports ou en boissons. Ce sont eux et non pas les étudiants pauvres qui vont périodiquement engager leurs habits et leurs livres chez l'usurier du coin (les Japonais l'appellent mon oncle), puis les racheter avec perte. Cette industrie est une des plus fructueuses et des plus caractéristiques du quartier des écoles.
Un de mes vieux amis, longtemps professeur au Japon, prétend que l'étudiant japonais fait les délices de son professeur, non seulement par l'application, mais par l'intelligence, la docilité et la déférence. Sur ce dernier point, je suis obligé de dire que les Japonais eux-mêmes ne sont pas de son avis. Il arrive assez souvent que toute une classe prenne un professeur en grippe. Si les élèves ont juré de le faire partir, l'école entière se solidarise avec les révoltés; après les menaces directes, on fait grève et l'on passe aux voies de fait. Presque toujours les élèves ont le dernier mot.
Bons camarades entre eux, même lorsqu'ils appartiennent à des écoles différentes, on voit ces jeunes gens prendre part aux mêmes sports sans jalousie ni rivalité haineuse. Le tennis et l'aviron, le football et le trapèze, sont de plus en plus entrés dans les moeurs. La tournure des petits étudiants y a gagné, comme leur santé physique, et il m'a paru que les jeunes gens actuels étaient plus robustes que ceux que j'ai connus il y a quinze ou vingt ans. Il ne me reste plus qu'à souhaiter à Tokio de devenir le centre de toutes les lumières, le foyer intellectuel où l'Asie, l'Europe et l'Amérique viendront s'approvisionner dans un prochain avenir, puisque c'est le rêve ambitieux que l'on fait pour le Japon moderne!
J.-C. Balet.
La «gargote» à trois sen.
Le Stromboli, avec une coulée de lave descendant vers la mer.
DU STROMBOLI AU VÉSUVE
La terrible émotion qu'ont produite, dans l'Italie entière, les récents tremblements de terre des Calabres commence à peine à se calmer. L'imprévu de telles catastrophes, le mystère qui entoure leurs causes, sont bien faits d'ailleurs pour accroître et prolonger l'inquiétude. Aussi, et quel que doive être, en fin de compte, le résultat de cette initiative, le gouvernement italien a-t-il été heureusement inspiré en constituant une commission scientifique chargée d'étudier les effets du phénomène et d'essayer d'en établir l'origine.