Chez «mon oncle»: le mont-de-piété japonais.
Murger, avec toute son imagination, n'avait pas rêvé d'une bohème si pauvre. Aussi, une chambre de 6 nattes étant encore un luxe et pouvant bien coûter une dizaine de francs de location mensuelle, les étudiant, se groupent deux ou trois ensemble, pour occuper le même logis.
Le patron du geshiku se rattrape sur la nourriture qu'il sert à ses pensionnaires. Elle varie de 5 à 7 yen (13 à 18 fr.) par mois. Vous pensez quels menus confortables peut servir un Thénardier japonais pour ce prix-là? En dehors du riz, le reste n'a de nom dans aucune langue.
Bien qu'ils aient le ventre élastique, capable de se serrer de plusieurs crans, les étudiants japonais trouvent parfois ces procédés exorbitants et le manifestent en démolissant la cuisine et en brisant tous les ustensiles de leur traiteur.
Quelques-uns préfèrent louer une chambre en ville, dans une maison privée, et faire leur popote aux heures de loisir. Ceux qui ont goûté cette vie (l'artiste qui a dessiné ces croquis en est un) en ont gardé un souvenir ému. Entre deux leçons, oh! le plaisir d'éplucher ses légumes, d'allumer le réchaud avec l'éventail, d'aspirer le fumet des sauces que l'on ne doit qu'à soi-même!
Mais, comme ceci est une grosse perte de temps et devient trop bourgeois d'allure, on vient d'inventer les gargotes à 3 sen. Quoi que l'on consomme, debout ou assis, un oeuf ou une pomme de terre, un bol de riz ou un bifteck, le prix invariable de 3 sen (8 centimes) est exigé.
L'étudiant (shosei) japonais est généralement travailleur. Depuis l'époque lointaine où les Ito, les Mutsu, les Inoué, étudiaient en cachette l'anglais et les livres d'Europe, en s'engageant parfois comme boys de cabine sur les vapeurs étrangers, d'autres fois en louant leurs services à un résident, une fièvre de savoir a gagné tout le pays. Il est vrai de dire que le gouvernement de Meiji a tout fait pour l'entretenir; l'organisation de l'instruction et sa diffusion sont tout simplement merveilleuses. Et puis, à l'opposé des anciens jours où l'on décapitait les hommes trop éminents, la science peut mener à tout aujourd'hui. On a vu un journaliste devenir ministre; plusieurs anciens shosei, dont les débuts ont été rudes, ont gravi tous les degrés et occupé des postes éminents. L'esprit de fonctionnarisme est né avec les horizons que découvrait la science; il n'est plus un seul paysan pouvant pousser son fils, du lycée provincial aux écoles supérieures de Tokio, qui ne le fasse, avec le secret espoir d'en faire au moins un yakunin (employé de l'État).
Amusements d'étudiants: au yosê, ou salle de déclamation.