Un «geshiku» d'étudiants aisés.

Dans les environs, une foule d'écoles sont venues se grouper: lycée supérieur, écoles normales supérieures des garçons et des filles, arts et métiers, etc.

Kanda a l'École des langues étrangères, la haute école de commerce et diverses institutions secondaires.

D'autres écoles qu'il serait trop long d'énumérer, telles l'École des beaux-arts, les écoles militaires, l'École des nobles, sont dispersées un peu partout dans Tokio, mais le centre intellectuel demeure autour de L'Alma mater, dans les deux quartiers précités.

Naturellement la jeunesse studieuse du pays, comme les abeilles autour de la ruche, est venue se réfugier dans les environs et donner à cette partie de Tokio un cachet un peu spécial.

Qu'on ne se méprenne pas cependant sur ce soi-disant Quartier latin. Extérieurement, ses rues ne diffèrent pas tellement des autres rues de la capitale qu'un ironique globe-trotter appelait un «village à perte de vue». A Kanda surtout, la seule note caractéristique, ce sont les enfilées de boutiques de librairie classique où les étudiants qui ont fini leurs études vont se défaire, à bon marché, de leurs vieux compagnons, les livres. A Hongo, ce sont les geshikuya, traiteurs et logeurs, qui occupent la majeure partie de la colline de Yujima.

Nulle part de bal Bullier, de cafés de la Source ou du Panthéon. Dans ces parages plutôt calmes et graves, point de chansonniers ni de gigolettes, rien qui ressemble à nos monômes d'étudiants en révolte ou en goguette.

Tout au plus, quelques beer hall, peu fréquentés par la gent écolière; car les étudiants japonais n'ont ni la bourse pansue, ni l'estomac solide de leurs camarades allemands. Des théâtres, oui, et des yosé, sortes de salles de déclamation où les conteurs et les chanteurs viennent écouler leur répertoire, et que les étudiants fréquentent volontiers à cause du bon marché. Aussi ne faut-il point venir à Hongo ou à Kanda pour s'amuser.

Dans ces conditions, quelle peut bien être la vie de l'étudiant japonais? Généralement pauvre et désirant arriver à quelque chose par l'étude, le Japonais venu de la province dans une des écoles spéciales dont j'ai parlé, commence par choisir une chambre dans un geshiku, une chambre de 4 ou de 6 nattes. Dans un si petit espace, il n'y a point de place pour un meuble; d'ailleurs l'étudiant n'en a pas. Rien n'est plus facile que de faire l'inventaire de son mobilier.

Prenons-le au moment où, mécontent de son patron, qui le nourrit mal ou qu'il ne peut payer, il déménage vers un toit plus hospitalier. Il appelle un traîneur de kuruma, qui charge ses matelas roulés sur son véhicule; puis, il lui confie son kôri, boîte en osier, renfermant deux habits râpés et un chapeau éculé; enfin il installe, à côté de ses futon, une table de bois noir, mesurant 25 centimètres de long sur 20 de large et sur 10 de hauteur; sa boîte à pinceaux et ses livres de classe; lui, il suit la voiture, portant sa lampe d'une main, son gourdin de l'autre et une couverture rouge sur les épaules.