Au moment de le quitter, après lui avoir payé sa course, il me regarda avec une certaine fierté:
--Monsieur, je suis un élève de l'Université.
--Bah!... Et pourquoi as-tu quitté l'Université pour le kuruma? C'est beaucoup moins intéressant.
--Je n'ai pas quitté l'Université. Je fais les deux (sic).
L'état du ciel ne me permettait pas un long dialogue. J'appris en peu de mots que ce jeune homme, originaire de Fukushima, fils de modestes paysans, gagnait ainsi, par les nuits obscures, le supplément d'allocation qui lui manquait pour acheter des livres.
Je triplai le menu pourboire qu'il avait si bien gagné, et je rentrai chez moi, décidé à explorer ce coin de Tokio où l'on découvrait de si curieuses choses.
Ce que j'ai nommé, par une analogie un peu forcée, le Quartier latin de Tokio, ce sont les deux arrondissements de Hongo et de Kanda, le premier sur une hauteur qui domine la capitale, le second à ses pieds, dans la plaine.
Avant la révolution de 1867, Hongo était en partie occupé par le yashiki (domaine) du daimyô maeda, seigneur de la province de Kaga.
L'Université impériale, avec les immenses établissements afférents aux six Facultés de droit, de médecine, des lettres, des sciences, d'agriculture et polytechnique, couvre la presque totalité de ce superbe enclos.