LE «QUARTIER LATIN» DE TOKIO

Il n'est rien de ce qui se passe au Japon qui ne nous intéresse en ce moment. Toutes nos curiosités sont éveillées, attirées vers ce pays que nous avons si longtemps ignoré ou mal jugé, sur lequel nous nous étions fait tant d'idées fausses. Nous voudrions, maintenant, en connaître d'un coup, en détail, la vie, les moeurs, et quiconque nous en révélera un trait nouveau est sûr de retenir notre attention. Nous sommes donc persuadés qu'on lira avec plaisir ces notes sur la vie des étudiants à Tokio, que nous rapporte M. J.-C. Balet, à qui nous avons déjà dû les intéressantes correspondances du Japon qu'on se rappelle avoir lues ici pendant la guerre.

Surpris par une averse, un soir d'orage, dans une rue tortueuse du quartier de Kanda, il m'advint une petite aventure qui vaut d'être contée.

Comme toujours en pareil cas, les kurumayas stationnés au coin des rues, coiffés de leur chapeau-parapluie et revêtus de leur kappa en toile cirée, bravaient la pluie et faisaient les offres les plus pressantes aux passants en détresse.

«Danna! danna! (monsieur!) s'il vous plaisait de monter? Je viendrai à bas prix.»

N'ayant plus que 500 mètres de chemin pour arriver à destination, je dédaignais leurs importunes sollicitations, lorsque l'un d'eux, plus hardi, me lança d'une voix mal assurée:

«Sir, will you take my kuruma?» (Monsieur, voulez-vous prendre ma voiture?)

Ce fut moins son anglais que la mine de ce jeune homme qui me décida. Après tout, il pouvait avoir besoin de dix sous.

La vie d'étudiant: chez les pauvres, on cuisine entre deux leçons