Qu'y a-t-il?... Des milliers de volcans seraient-ils cachés sous les eaux du père nourricier de la Germanie? C'est pis encore. Le Rhin, ô horreur! roule sur ses eaux des mines flottantes. Cent, mille, dix mille peut-être!... D'où viennent-elles? On ne sait. Et comment le savoir?... On aperçoit des grosses sphères, de couleur noire, émergeant au-dessus des flots et suivant le fil de l'eau; mais leur origine, leur point de départ, sont inconnus.
Une enquête donna le mot de l'énigme,--mais plus tard, trop tard, quand le mal eut été accompli.
Une maison industrielle anglaise avait établi, à 2 kilomètres à peine de Huningue, aux environs de Bâle, en territoire suisse, une fabrique d'explosifs pour l'industrie. En prévision d'un conflit possible avec l'Allemagne, les ministères de la Guerre français et anglais avaient commandé à cette maison plusieurs milliers de ces torpilles de blocus employées par les Russes à Port-Arthur et destinées officiellement à assurer la protection des ports de guerre. Ces engins, chargés de 150 kilogrammes de fulmicoton, réglés pour exploser à un choc déterminé, lestés pour flotter au gré des flots, avaient été remisés dans des silos maçonnés s'ouvrant sur les berges du Rhin, en attendant que les administrations française et anglaise prissent livraison de la commande. Certain soir, quelques jours après la déclaration de guerre, le directeur recevait la visite de plusieurs personnages en civil, Anglais et Français. Exhibant un mandat de leurs gouvernements, ils obtinrent livraison du dépôt. Ces hommes, tout pacifiques, étaient des officiers. Pendant la nuit, deux mille mines furent lâchées dans le fleuve...
Avec une vitesse de 4 mètres par seconde (14 kilom. à l'heure), qui est la vitesse des eaux rhénanes entre Bâle et Strasbourg, les redoutables mv dévalent, en torrent, la pente du Rhin. Ils se suivent à quelques secondes d'intervalle. Tantôt ils sont arrêtés par la vase, le sable ou les herbes du fleuve, mais le courant les reprend; tantôt ils butent contre un obstacle, bois, fer ou pierre, et le détruisent. Puis, d'autres mines succèdent aux premières. De plus en plus loin, elles s'en vont, semant la destruction et la ruine. La vitesse acquise imprime à ces engins une force de percussion terrible. Un roulement de tonnerre déferle sur les flots, en même temps qu'eux, le cyclone descend. Le Rhin bouillonne, grossit, éclabousse, se projette de-ci de-là, en vagues de 20 mètres de hauteur. Plus les obstacles sont puissants et mieux ils sont brisés: rien ne trouve grâce devant ce souffle de mort. Impossible de s'exposer, fût-ce un quart d'heure, sur des eaux qui véhiculent la mort. Les hommes, les animaux qui se risquent à traverser le courant sont emportés par le remous des eaux, quand ils ne sont pas heurtés par les torpilles voyageuses... Cette sarabande infernale dura huit jours et huit nuits. Les démons français déclenchèrent ainsi 10.000 mines sur le Rhin! La Moselle, la Sarre, la Nied, l'Ill, apportaient elles-mêmes leur contingent. Il en vint même de Frouard et de Nancy...
Et les troupes allemandes, impuissantes à franchir le fleuve courroucé, contemplaient, avec un morne désespoir, cette rive gauche du Rhin retombée, par un accident imprévu, au pouvoir des soldats de la vieille Gaule...
J. Delaporte..
NELSON EN FRANCE
UNE AMOURETTE DU FUTUR VAINQUEUR DE TRAFALGAR A SAINT-OMER
Quand il est question de Nelson amoureux, on songe tout de suite un peu à la mignonne veuve de dix-sept ans qui devint mistress Nelson, et beaucoup à la hautaine et brouillonne lady Hamilton, dont l'influence se manifesta si regrettablement dans l'histoire du célèbre amiral. On ignore généralement une idylle plus modeste, dont le grand marin britannique fut le héros et qui eut pour cadre un coin de terre française, la petite ville de Saint-Omer.
Après la paix de Versailles en 1783, Nelson, alors simple capitaine de marine en demi-solde, était venu passer quelques mois en France avec le capitaine Mac Namara, son ami. Les deux jeunes gens avaient donné comme prétexte à ce voyage le désir de connaître la langue et la société françaises. Pour ses débuts dans la société de notre pays, Nelson tomba amoureux, avec toute l'ardeur de ses vingt-cinq ans, d'une jeune femme... anglaise, la fille d'un pasteur qu'il avait rencontré à Saint-Omer. Au début de l'idylle, Nelson écrivait à sa famille ces lignes enthousiastes: «Saint-Omer me plaît tous les jours davantage et j'y suis aussi heureux qu'on peut l'être éloigné du pays natal. Mon coeur est tout à fait à l'épreuve de la beauté française; je voudrais être aussi peu sensible aux charmes d'une jeune dame anglaise, fille d'un ecclésiastique, avec laquelle je dois dîner aujourd'hui. Elle a tant de perfections que si j'avais un million de fortune je n'hésiterais pas à lui proposer de le partager avec moi. Par malheur, mes revenus actuels sont trop restreints pour me permettre de songer au mariage et cette belle personne n'a rien à elle...»