UNE NOUVELLE STATUE DE MOLTKE
Il n'est guère de ville allemande se respectant un peu qui n'ait sa statue de Moltke, voisinant avec celle de Bismarck. Berlin possédait seulement, sur la place Royale, l'effigie du chancelier de fer, face à la colonne de la Victoire. La place réservée, en pendant, au feld-maréchal demeurait vide, le sculpteur Joseph Uphues, chargé de la meubler, se consumant, depuis des années, en efforts, pour mettre au monde un chef-d'oeuvre.
Il ne paraît guère qu'il y ait réussi. Il a campé son Moltke debout, appuyé à une sorte de colonnade qui n'a pour excuse d'être dorique que l'ambition puérile du statuaire d'avoir voulu la a raccorder », comme disent les architectes, avec quelques vilaines bâtisses de Berlin, qui sont du même ordre. Ce siège bizarre est d'ailleurs ridicule de disproportion avec la figure. Mais il v a dans l'attitude que le professeur Uphues a donnée au vieux stratège, les mains croisées, le regard droit, une impression de tranquille confiance qui n'est pas sans caractère.
Le monument entier est en marbre. Ce serait, paraît-il, le plus gros bloc de marbre qu'on ait jamais taillé--au moins dans les temps modernes.--Mais cette statue a attiré encore l'attention sur elle d'une autre façon : c'est à l'occasion de son inauguration, le 26 octobre, que le kaiser a prononcé, verre en main, les paroles belliqueuses qu'on a fort commentées ces jours derniers.
LE JIU-JITSU
ENCORE UNE VICTOIRE DES JAPONAIS
La mode actuelle est incontestablement aux Japonais et, depuis les succès inattendus que ce petit peuple a remportés en Extrême-Orient, tout ce qui le concerne a le don d'exciter notre intérêt. C'est ainsi que, dans les milieux sportifs, on discutait tout récemment, non sans quelque vivacité, la question brûlante du jiu-jitsu. Le jiu-jitsu (prononcez djioudjitss) est-il un simple bluff, comme le prétendaient jadis la plupart des gens compétents? Est-ce, au contraire, le système idéal de défense individuelle, ainsi que le proclament les rares initiés de cet art nouveau? Le débat, qui était jusqu'à ce jour resté indécis, vient enfin d'être tranché. C'est du moins ce qui semble résulter du match disputé à Courbevoie, le jeudi 23 octobre, par le professeur Re-Nié, instructeur de jiu-jitsu à l'école de la rue de Ponthieu, et le maître Dubois, représentant des sports de défense français, qui avait lancé un défi à Re-Nié.
Le maître Dubois, qui fut jadis un sculpteur non sans talent, est à la fois un escrimeur dangereux, un boxeur redoutable, un faiseur de poids et d'haltères de premier ordre: c'est, en un mot, le véritable type de l'athlète. Sa taille est de lm,68; son poids de 75 kilos. Il est né en 1865.
Re-Nié, qui a juste trente-six ans, mesure lm,65 et pèse 63 kilos. Il a appris le jiu-jitsu à Londres sous les maîtres japonais Miyaké et Kanaya. Bien que robuste, il est notablement moins vigoureux que son adversaire.
Le combat, où tous les coups étaient permis, ne devait cesser que quand l'un des antagonistes se reconnaîtrait vaincu. Il a été très rapidement terminé par la victoire du jiu-jitsuan. En voici du reste le compte rendu sommaire: