--M. Marcel Batilliat est de ceux qui poursuivent un dessein quand ils l'ont formé. Matériellement, il avait entrepris d'écrire une série de trois romans sous le titre général: le Règne de la Beauté. Après la Beauté et Versailles-aux-Fantômes, il nous donne aujourd'hui la Joie (Mercure ne France. 3 fr. 50). Il annonce maintenant le Règne de l'Action et le Règne de la Sagesse. C'est un beau programme d'écrivain. Faut-il tenter de résumer en quelques mots le sujet de la Joie? Ce serait aller contre le désir d'un auteur qui s'exprime ainsi dans un curieux avant-propos: «Les jeunes femmes qui figurent, avec de rares comparses volontairement effacés, les seuls personnages de la Beauté, de Versailles-aux-Fantômes et de la Joie, ne tiennent leur raison d'être ni de leurs aventures, ni de leurs crises sentimentales. Le milieu social où elles évoluent demeure strictement assez précis pour qu'elles semblent vivre de notre vie et de notre temps; leurs actions, dégagées de toute intrigue romanesque, se résument aux phases essentielles et nécessaires de leur existence. Geneviève de Ceyneste, Cillette Tynanges, Marie Nuaillère et leurs quelques amies ignorent des contingences tout le relatif et le momentané: elles ne sont étudiées que dans leurs rapports avec le cadre de nature qui les entoure et les influence, et selon l'instinct éternel qui les émeut et les dirige... Les romans du Règne de la Beauté, comme ceux du Règne de l'Action et du Règne de la Sagesse qui paraîtront ensuite, ne prétendent ni analyser ni décrire; mais concréter et résumer le plus d'humanité possible dans les attitudes naturelles de quelques jeunes femmes symboliques,--semblables pourtant, par leur mentalité et leur évolution, à beaucoup de jeunes femmes de cette époque. Ces livres sont donc l'essai et l'expression première d'un art qui veut s'efforcer avant tout vers une interprétation harmonieuse et décorative de la nature, de la pensée moderne et de la vie.» C'est un peu obscur, mais il n'y a qu'en citant un écrivain que l'on soit sûr de ne pas le trahir.

Questions d'actualité. Après M. Gabriel Veyre, qui publiait récemment: Au Maroc: dans l'intimité du sultan (Librairie Universelle, 3 fr. 50), voici qu'un autre collaborateur de L'Illustration, M. Jean du Taillis, qui accompagna l'hiver dernier à Fez la mission Saint-René-Taillandier, publie à son tour un volume très abondamment et luxueusement illustré sur le Maroc, pittoresque (Flammarion, 10 fr.). Dans une lettre-préface, M. Marcel Saint-Germain, sénateur d'Oran, constate que ce livre est fait «d'actualité, d'observations précises et judicieuses, de choses vécues». C'est le plus bel éloge qu'on puisse adresser, en peu de mots, à l'auteur d'un ouvrage de ce genre.

--Comme les livres sur le Maroc, les volumes sur les États-Unis se multiplient. Viennent de paraître coup sur coup: l'Empire du travail (la vie aux États-Unis), par Anadoli (Plon-Nourrit, 3 fr. 50), et le Vol de l'aigle (de Monroe à Roosevelt), par Joseph Ribet (Flammarion, 3 Fr. 50). Tous deux étudient, l'immense développement économique et politique de la grande république nord-américaine au dix-neuvième siècle. Et tous deux se préoccupent de voir déborder sur notre vieux continent cette force toujours croissante.

LES THÉÂTRES

Nous publierons prochainement la Marche nuptiale, l'émouvante pièce de M. Henry Bataille que le Vaudeville vient de représenter et qui excite vivement l'intérêt du public. C est un de ces problèmes passionnels auxquels se plaît le talent hardi et profondément original de l'auteur. Mme Bertille Bady, MM. Dubosc et Janvier interprètent avec un rare talent les rôles principaux de la pièce.

Signalons à l'Odéon une très bonne reprise de la Souris, de Pailleron: Mlle Lély y remporte un grand succès dans le rôle créé jadis par Mlle Reichenberg.

Le théâtre Molière passe volontiers d'un extrême à l'autre; le programme de son nouveau spectacle comprend un assassinat en un acte, les Parias, de MM. R. Vancouver et Ch. Duflo, et cette pièce sans prétention littéraire est immédiatement suivie d'une légère et aimable comédie de MM. A. Germain et R. Trébor, Fred, parfaitement interprétée par Mlle Marguerite Caron et MM. A. Dubosc, H. Lamothe et Pouctal.

DOCUMENTS et INFORMATIONS

La pêche de l'or au moyen d'éponges.

Après l'Anglais qui annonce un procédé industriel secret pour extraire l'or de la mer, voici un Belge qui nous dévoile pour s'enrichir à la même source un procédé tout à fait familial. Il suffit de plonger dans la mer ou dans les marais salants des éponges mordancées avec des sels d'étain suivant les méthodes pratiquées en teinturerie. Quand une tonne d'eau, soit 1.000 litres, aura passé sur l'éponge, de 32 à 64 milligrammes d'or valant de 11 à 22 centimes s'y seront déposés sous forme de pourpre de Cassius qu'un bain chimique très simple transforme en cyanure d'or. Et l'éponge peut resservir! On peut, d'ailleurs, lui substituer de vieilles robes de soie, des chaussettes de laine et n'importe quel produit mordancé comme il convient. Malheureusement, ce petit jeu est interdit aux enfants qui pataugent sur les plages, car le procédé est breveté. La pêche la plus fructueuse qu'on puisse en attendre nous paraît être celle des actionnaires.