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UN RENDEZ-VOUS DE CHASSE A COURRE AU DÉBUT DU VINGTIEME SIÈCLE
Il n'est pas besoin d'être un vieux chasseur pour se rappeler avec émotion le joli et pittoresque spectacle que présentait, dans le sous-bois d'automne, ou dans la cour du château accueillant, un rendez-vous de chasse, naguère. Tandis qu'à cheval caracolaient déjà et de souples amazones, le «lampion» sur l'oreille, et des officiers sanglés dans leur dolman bien ajusté, et les chasseurs les premiers en selle de l'équipage, des breaks, des victorias, des landaus, des tilburys, tous les véhicules disponibles, se chargeaient de la foule impatiente des invités; les hennissements des attelages répondaient à ceux des chevaux de selle, piaffant. L'avènement de l'automobile a changé, et profondément, tout cela. Et c'est le ronflement des teufs-teufs qui accompagne désormais le sémillant brouhaha du départ en forêt; ce sont de rapides quarante chevaux qui emmènent, en trépidant et soufflant, vers les futaies défeuillées, les belles spectatrices doublement emmitouflées, contre l'hiver, contre le vent, coiffées d'hétéroclites casquettes plus volontiers que de chapeaux élégants, voilées d'épaisses gazes ou masquées de lourdes lunettes, et pourtant gardant toujours leur charme d'élégance sous le faix des manteaux-sacs, derrière l'armature disgracieuse des besicles de route.
UN ATTENTAT ANARCHISTE A PÉKING
Une mission, chargée par le gouvernement chinois d'aller étudier sur place les institutions européennes, devait quitter Péking le 24 septembre dernier. Au jour fixé, ses membres s'installaient dans un train spécial à destination de TienTsin, lorsqu'une formidable explosion se produisit à l'intérieur de la voiture qu'ils occupaient: une bombe venait d'éclater, tuant quatre personnes, en blessant une vingtaine, entre autres le prince Tsai et Ou-Ting-Fang, ministre des Voies et Communications, ceux-ci d'ailleurs peu grièvement. La première victime avait été l'auteur de l'attentat: sur le plancher du wagon, au pied d'un bureau adossé à une cloison, au milieu d'une mare de sang où s'apercevaient des éclats de l'engin, il gisait, la tête fracassée, affreusement défiguré et mutilé. Notre document photographique montre le corps à l'endroit même de sa chute, et la tension des bras de l'aide requis par l'opérateur y indique l'effort nécessaire pour soulever devant l'objectif cet amas presque informe d'os broyés et de chairs pantelantes. Quant aux dégâts matériels, panneaux disloqués, portières arrachées, etc., deux vues extérieures de la voiture achèveront d'en donner une idée: l'une, prise du côté de l'explosion, face à la muraille séparant la ville chinoise de la ville tartare; l'autre, du côté opposé. Au moment de l'explosion, la panique affola mandarins, employés de la gare, soldats, policiers, et il convient de noter que ce furent des officiers français de la légation, venus pour saluer quelques-uns des voyageurs, qui organisèrent les premiers secours. Ainsi donc, l'Occident n'a plus le monopole de l'anarchisme, et il est assez curieux de voir un «compagnon» chinois en fournir la preuve par un attentat contre des réformateurs disposés à emprunter à l'Europe les institutions que la Chine lui envie.
Le wagon dynamité photographié du côté où s'est produit l'explosion.
En gare de Péking: le wagon dynamité, avec deux volets arrachés.
L'auteur de l'attentat anarchiste en gare de Péking, première victime de sa bombe.
--Photographie prise dans le wagon dynamité.