Après avoir creusé une rigole d'approche à une certaine distance des parois, on entaille verticalement contre la paroi même, sur tout le pourtour, en laissant, de distance en distance, une étroite travée de sol. Les ouvriers attaquent ensuite ces derniers soutiens, tous ensemble, et, en quelques minutes, le caisson descend de 5 ou 6 centimètres. On abaisse alors la partie centrale du sol jusqu'au niveau du caisson et l'on commence une nouvelle attaque. On enfonce ainsi, en moyenne, de 30 centimètres par jour. Actuellement, il reste environ 2 mètres à creuser. La pression, qui atteint deux atmosphères, ne produit aucune sensation de gêne; et, grâce à la porosité du terrain, l'air comprimé, en s'y infiltrant, entraîne les déchets de la combustion respiratoire. Il règne, néanmoins, dans ce chantier, une chaleur humide et lourde. Nous remontons, la soupape se ferme, et, après un nouvel éclusage, nous nous retrouvons à l'air libre. Un dernier détail: l'infrastructure de la ligne numéro 3 est revenue à environ 2.250.000 francs le kilomètre; pour les 1.100 mètres compris entre le carrefour de la rue des Halles et de la rue de Rivoli, et le carrefour du boulevard Saint-Germain et de la rue Danton, on a prévu une dépense de 15 millions.
Jean Cervin


Vue de l'armature métallique des caissons avant l'immersion. Phot. Godefroy.

Aspect d'une cheminée d'accès à la chambre de travail, vue du sas à air.

Dessin d'après nature de Kupka
LES MYSTÈRES DE LA CONSTRUCTION DU METROPOLITAIN: LE CHANTIER SOUS LA SEINE EN AMONT DU PONT AU CHANGE

L'antre mythologique où forgeaient les cyclopes, les grottes mystérieuses où peinaient les Niebelungen, apparaîtraient comme des décors puérils et démodés auprès de cet atelier souterrain, lentement descendu à 8 mètres sous le fond de la Seine. Quand, par la longue cheminée qui relie l'atmosphère libre à la chambre de travail, où de puissantes machines compriment un air lourd aux poumons, on pénètre dans cette galerie métallique, sous une pression incommodante, la sensation qu'on éprouve est étrange. Au rayonnement des lampes électriques, une trentaine d'ouvriers travaillent, s'escriment du pic et du marteau, à coups rythmés, avec un bruit assourdissant, creusent peu à peu le sol où s'enfonce le caisson, tandis que les «glaiseurs» attentifs, comme celui qu'on aperçoit à gauche, au premier plan du dessin, s'appliquent à boucher avec de l'argile les fissures du terrain par où se perdrait trop vite la charge d'air comprimé. Les beaux gestes harmonieux des travailleurs sont plus lents, plus pénibles qu'au grand soleil; leurs poitrines halètent plus fort. Pourtant, ils accomplissent leur labeur du même air tranquille et sûr, ainsi séparés du monde, reliés seulement avec les camarades du haut par un fil téléphonique et par cette cheminée qui leur livre passage et leur envoie l'air nécessaire, calmes comme si leur vie n'était pas à la merci d'une valve qui se dérangerait.--Voir l'article technique aux pages précédentes.

UN ATTERRISSAGE DE BALLON DANS L'ESTRAMADURE

Vue de Madrid à 1.000 mètres
d'altitude. Le ballon que l'on
aperçoit est le «Vencejo».

Nous donnions ici-même, il y a trois semaines, avec des photographies à l'appui, le récit du beau voyage en ballon fait par M. Jacques-Faure et le comte Rozan des Tuileries aux Karpathes. Voici aujourd'hui le récit non moins curieux de l'ascension que le comte Henry de la Vaulx, participant à un concours aérostatique organisé à Madrid à l'occasion du voyage de M. Loubet, fit à bord de l'Elfe, avec M. Paul Tissandier, et de leur aventureux atterrissage en pleine montagne, dans l'Estramadure.

27 octobre: le parc du Royal Aéro-Club d'Espagne, prosaïquement situé près d'une usine dont les gazomètres noirs et enfumés ne le cèdent pas en laideur à ceux de la banlieue parisienne, fourmille de monde; tout ce que la Société madrilène compte d'illustrations et de beautés s'est donné rendez-vous autour des bulles légères de soie qui bientôt vont planer par-dessus les montagnes de la Castille. C'est en effet un spectacle inédit dans ce pays qui: le départ de ces douze ballons joyeusement enrubannés aux couleurs franco-espagnoles. Je monte avec mon ami Paul Tissandier l'Elfe, géant de 1.800 mètres cubes. Le départ nous est donné à midi précis et il est bientôt salué par les applaudissements d'un essaim de jeunes et jolies personnes.