Dans le sas à air: l'éclusage avant la descente.
En temps normal, cette soupape reste ouverte pour livrer passage au seau qui remonte les déblais, et, dans le sas privé de toute communication avec le dehors, se tiennent un surveillant et un ouvrier. S'agit-il de faire entrer quelqu'un: on ferme la soupape et l'on ouvre l'échappement à l'air libre pour vider le sas de son air comprimé. On ouvre ensuite la porte extérieure, puis, les ouvriers entrés, on la referme et l'on procède à l'éclusage, c'est-à-dire on fait rentrer progressivement l'air comprimé. Une fois l'égalité de pression rétablie entre le sas et la cheminée, on rouvre la soupape et les ouvriers descendent dans la chambre de travail. Pour la sortie, on écluse en sens inverse. Chaque éclusage dure environ une minute. Un système de soupapes commandées par un embrayage automatique permet d'évacuer continuellement les déblais sans établir de communication entre le sas et l'extérieur. Un système analogue est appliqué aux «bétonnières» par lesquelles on versera le béton.
Dans la chambre de travail.--Descendons dans la chambre de travail. Nous voici d'abord dans le sas, toutes portes fermées; une dizaine de personnes peuvent y tenir sans aise au milieu d'une atmosphère brumeuse qu'éclaire vaguement la lumière du jour arrivant par la lentille du plafond. Pendant que l'air comprimé entre en sifflant, les «voyageurs» se pincent le nez et avalent leur salive pour contre-balancer les premiers chocs de l'air comprimé sur le tympan. L'équilibre s'établit, le sifflement cesse, et la soupape s'ouvre. L'oeil plonge dans un trou noir, au fond duquel apparaît, à une vingtaine de mètres, le disque blafard que dessine la lumière de la chambre de travail. Nous prenons les échelons. Le froid extérieur était assez vif; à mesure que nous nous enfonçons dans l'eau, la température augmente. Un dernier échelon, et nous sautons dans la chambre de travail. L'aspect est assez lugubre. Un immense rectangle d'environ 35 mètres sur 7, haut seulement de 1m,80, où des lampes Edison éclairent un brouillard pénétrant. Une photographie prise à la lumière du magnésium eût montré ce chantier, toujours plongé dans une demi-obscurité, d'une façon fort inexacte; le dessin de M. Kupka en donne, au contraire, une impression saisissante. Notre collaborateur est le premier artiste qui ait jamais travaillé en pareil endroit, puisque, jusqu'à ce jour, les ingénieurs n'avaient pas encore imaginé d'introduire un caisson sous l'eau par fonçage vertical direct.
Ce qu'on voit au-dessus du niveau de la Seine après l'immersion d'un caisson, et ce qui se passe au-dessous.
Le schéma qui continue la photographie montre la situation de la chambre de travail dont l'intérieur est représenté par notre gravure de double page.
LES ÉTAPES DE L'IMMERSION ET DU PONÇAGE DU CAISSON DANS LE LIT DE LA SEINE (SCHÉMAS TRANSVERSAUX)
1. Le caisson inachevé flotte comme un bateau.--2. Revêtu de son enveloppe de béton, et ses quatre cheminées terminées, il s'enfonce davantage.--3. Il repose sur le fond de la Seine. 4. L'air comprimé refoule l'eau et met à sec la chambre de travail.--5. Le caisson est entièrement lesté d'eau pour annihiler la poussée ascensionnelle de l'air comprimé.--6. En place définitive, à un mètre environ sous le fond de la Seine.--7. On bétonne la chambre de travail et les tronçons de cheminée traversant les parois du caisson. On démonte la partie supérieure des cheminées et l'on comble la tranchée creusée dans le lit de la Seine. L'eau intérieure du caisson sera épuisée soit par le haut, au moyen d'un tuyau posé par un scaphandrier; soit par le bas, après raccordement du caisson avec le tunnel ordinaire.
Jour et nuit, trente ouvriers spéciaux, dits tubistes, reconnus par un médecin exempts de toute affection cardiaque, débitent au pic un sol qui se compose de marne et de roches en formation. Parfois des bancs durs obligent de recourir à la mine; on emploie une poudre sans fumée, mais l'explosion, dans cette «boîte», a quelque chose de sinistre. Les déblais sont remontés dans un seau.