Après de longues hésitations, les savants s'accordent aujourd'hui à admettre que l'eau physiquement pure, vue en masse, est bleu d'azur. Cette couleur est celle que prend la lumière blanche du soleil absorbée par l'eau, par suite d'un phénomène dont l'explication serait un peu longue. Elle n'est pas due à la pureté chimique de l'eau, puisque la mer, qui est l'eau la plus bleue, est aussi celle, qui contient le plus de sels. Cependant, d'après les expériences de Forel, les matières en solution seraient la cause prédominante de la modification de couleur sur laquelle agissent encore les matières en suspension, la couleur du fond, le reflet du ciel et des berges. Aussi l'eau bleue est assez rare dans la nature; beaucoup de mers, de lacs, qui nous donnent l'impression de cette nuance, sont verts.

L'eau actuellement reconnue la plus bleue est celle de la mer des Sargasses, entre les îles du cap Vert et les Antilles. L'eau de la Méditerranée, sur la côte française et autour de Capri, est plus bleue que celle du Léman, beaucoup moins bleue elle-même que celle des lacs de Kandersteg et d'Arolla, en Suisse.

Jusqu'ici, on n'avait point précisé le rapport entre la couleur de l'eau et son degré de pureté. Le professeur belge, M. Spring, qui étudie depuis longtemps cette question délicate, vient de communiquer à l'Académie des sciences de Bruxelles plusieurs chiffres intéressants. De l'eau pure contenant un millionième d'hydrate ferrique paraît brune sous une épaisseur de 6 mètres; il suffit d'un dix-millionième pour qu'elle soit verte; et, pour qu'elle reste bleue, il en faut moins d'un vingt-millionième. Quant à la matière humique, elle fait disparaître la coloration bleue à une dose inférieure à un quarante-millionième. Les composés calciques auraient une grande influence sur la clarification, car ils éliminent jusqu'à un certain état d'équilibre les composés ferriques et humiques.

Les aliénés en France.

La statistique des aliénés nous apprend que, dans la dernière décade 1889-1900, le nombre de ces malheureux a passé, en France, de 65.713 à 70.000.

Encore ne s'agit-il ici que des aliénés dangereux; car le nombre de ceux qui ne sont pas dangereux et qui ne trouvent pas place dans les asiles est considérable, si considérable qu'on commence à s'en inquiéter et qu'il est question de les admettre comme des malades ordinaires parmi les nécessiteux qui reçoivent l'assistance médicale. Quoi qu'ïl en soit, sait-on combien il y a de médecins pour soigner ces 70.000 malades,--car les aliénés sont des malades, il ne faut pas l'oublier? Juste 115, ce qui fait à peu près un médecin pour 600 malades.

Mais, dans certains établissements, cette moyenne est dépassée, et l'on ne trouve qu'un médecin pour 750 et même pour 1.000 aliénés.

Faut-il s'étonner, après cela, que l'aliénation soit toujours considérée comme un état incurable; et pense-t-on qu'un seul médecin puisse considérer 1.000 aliénés comme 1.000 malades qu'il s'agirait d'étudier en vue de leur amélioration ou de leur guérison possibles?

Il est vrai qu'ému de cet état de choses le Conseil supérieur de l'Assistance publique vient de limiter à 400 le nombre d'aliénés que devrait désormais soigner un seul médecin. Mais ce chiffre est encore bien élevé.

La colonie française de Lisbonne.