Mlle Dosne, devenue héritière des biens de M. Thiers, il y a une vingtaine d'années, après la mort de sa soeur, veuve de l'illustre homme d'État, vient de faire don à l'Institut de France de l'hôtel qu'habitait à Paris, lorsqu'il eut quitté le pouvoir, l'ancien président de la République.

Cette maison, portant le numéro 27 de la place Saint-Georges, s'élève, entre cour et jardin, sur remplacement même de celle où résida longtemps l'auteur de l'Histoire du Consulat et de l'Empire avant l'époque de la Commune, et qui disparut, on sait dans quelles mémorables circonstances. A la date du 10 mai 1871, le comité de Salut public du gouvernement insurrectionnel, protestant contre les mesures de répression ordonnées de Versailles par le chef du pouvoir exécutif de la République française, prenait un arrêté ainsi conçu:

«Article premier: Les biens meubles des propriétés de Thiers seront saisis par les soins de l'administration des Domaines.--Art. 2: La maison de Thiers, située place Saint-Georges, sera rasée.--Art. 3: Les citoyens Fontaine, délégué aux Domaines, et J. Andrieu, délégué aux Services publics, sont charges de l'exécution immédiate du présent arrêté.»

Et l'acte de vandalisme s'accomplit, en effet, sans délai. Mais, dès le 27 mai, la Commune vaincue, l'Assemblée nationale, sur un rapport de M. Wallon, votait à l'unanimité la réédification, aux frais de la nation, de la maison démolie.

LA VENTE DE LA COLLECTION CRONIER

Les tableaux, objets d'art, meubles, tapisseries, que M. Cronier avait réunis dans son hôtel de la rue de Lisbonne, ont été dispersés cette semaine au vont des enchères, en deux vacations, dirigées par M. Lair-Dubreuil, commissaire-priseur.

Nous avons reproduit, le 11 novembre, quelques-unes des pièces marquantes de la collection: les prix qu'elles ont obtenus vont montrer que nos choix avaient été judicieux.

Le Billet doux, par Fragonard, que M. Cronier avait acheté 110.000 francs et dont on demandait 200.000 francs, est resté à deux marchands pour 420.000 francs; le Volant, par Chardin, a été acquis moyennant 140.000 francs par le baron Henri de Rothschild; le Lorgneur, acheté par M. Marne, est monté seulement à 6.500 francs, les experts n'ayant plus osé affirmer qu'il était de Watteau.

Du Portrait de la comtesse de Coventry, pastel de La Tour, on donne 72.000 francs. Le spirituel et souriant Portrait du graveur Schmidt, autre pastel du même maître, que le prince Demidof paya 4.150 francs en 1879, est adjugé à M. Veil-Picard pour 77.000 francs. La Liseuse, de Fragonard, qui fut vendue 301 francs en 1845, monte à 182.000 francs.

Le Printemps, de Diaz, est adjugé à 50.000 francs; le Troyon, Vache à la lisière d'un bois, à 40.100 francs; le Pâtre, de Corot, à 47.000 francs; la Mare, de Jules Dupré, à 60.100 francs. Avec l'école anglaise, on a eu quelques déceptions. Le Portrait présumé de sir John Campbell, de Gainsborough, est bien monté à 65.000 francs; le Portrait de miss Day, par Lawrence, à 43.000 francs; la Jeune Laitière, bien qu'on ne garantît plus qu'il fût bien de Romney, à 30.000 francs. Mais le Reynolds du catalogue, Esquisse du portrait de lady Stanhope, «attribué» au peintre, était payé seulement 10.000 francs. La gouache intitulée Méditation, vendue comme oeuvre de «l'école anglaise» et non plus de Gainsborough, était pourtant poussée jusqu'à 65.000 francs. Qu'eût-ce été d'un Gainsborough?