Quant aux deux tapisseries, le panneau de l'Histoire de Don Quichotte, exécuté aux Gobelins d'après les cartons de Coypel, a été payé 200.000 francs, et le panneau de Beauvais, d'après Boucher, Psyché montrant ses joyaux à ses soeurs, 300.000 francs.
En tout, les deux vacations ont produit 5.198.031 francs!
LA VENTE DE LA COLLECTION CRONIER A LA GALERIE GEORGES PETIT.
--A quatre cent mille!... Le Billet doux, de Fragonard!...--On demande à voir!... Le Billet doux, de Fragonard, a été adjugé 420.000 francs, auxquels il faut ajouter 42.000 francs de frais à la charge de l'acquéreur.
LIVRES NOUVEAUX
Romans.
Par son titre: Pom-Prune, le livre de M. Paul Guiraud (Albin Michel, 3 fr. 50) semble tout d'abord appartenir au domaine de la fantaisie. En réalité, ce livre est un roman de moeurs et de caractères, très sérieux, très étudié, et «Pom-Prune» n'est que le sobriquet du principal personnage. La puérilité même de ce surnom familier, datant de son enfance, contraste d'une façon singulièrement ironique avec la condition sociale du banquier Georges Prunier, les hautes fonctions publiques auxquelles il doit s'élever, la débâcle tragique où il est destiné à sombrer. Autour de lui, dans une grande ville du Midi, se succèdent, comédie ou drame, des scènes mouvementées de la vie de province, mettant en jeu passions politiques, luttes électorales, intrigues locales,--le tout peint d'une main experte et, vraisemblablement, d'après nature. Des personnages qui n'existèrent jamais autrement que dans l'imagination d'ingénieux escrocs et l'esprit crédule de peu sympathiques créanciers, mais auxquels, grâce à la procédure d'un procès fictif, la paperasserie de justice donne une apparence de vie, tels sont les Bonshommes en papier (Fasquelle, 3 fr. 50), autour desquels évolue le roman de M. Jules Perrin. En outre d'une intrigue assez dramatique, ce livre contient une curieuse étude des scribes de ministères et autres papyrocéphales. A signaler aussi le récit bien vivant d'une soirée de contrat dans certain fameux hôtel de... la rue de la Pompe où sont réunis, autour de la grande Irène, les principaux acteurs de la plus grande duperie du siècle.
Jusqu'ici, dans les romans, on nous a présenté des mécontents de l'ordre social sous un aspect plutôt maussade. Trop souvent, on leur a donné un visage hargneux et un geste brutal. En homme d'esprit, M. Charles Géniaux s'est avisé de rompre avec la convention. Son Homme de peine (Fasquelle, 3 fr. 50), Goulot, est un révolté joyeux! Parce qu'il est disgracié, affamé et même battu, Goulot ne se croit pas obligé de perdre sa bonne humeur native et c'est avec une gaieté cynique--peu communicative, d'ailleurs, et qui donne le frisson--qu'il promène son existence tourmentée à travers une Bretagne misérable et poignante.
Une jolie créature, au coeur ardent et droit, dont l'esprit cravache vaillamment les préjugés d'une société de hobereaux de province, telle est Mademoiselle Nouveau-Jeu (Juven, 3 fr. 50), l'héroïne du roman de M. Paul Junka. Il y a des pages charmantes dans ce livre, celles, surtout, consacrées aux trois pauvres «petites soeurs bleues», des enfants étonnées, confiantes, sans défense contre la vie, vouées au bleu jusqu'au mariage par une mère attendrissante et puérile.
Une amourette, qui se déroule avec un gracieux héroïsme parmi les phases d'un complot, telle est l'Idylle dans un drame (Mame, 3 fr.), que publie M. Ernest Daudet. Les amoureux, ce sont un garçonnet, fils d'un ex-colonel de la garde impériale, et une fillette dont les parents, anciens émigrés, ont les faveurs de Louis XVIII. Quant au complot, il est fomenté, naturellement, par ces demi-solde, toujours sympathiques, puisque persécutés, malheureux et frondeurs.