Littérature.
En écrivant son Histoire de la littérature française, 900-1900 (Ollendorff, 2 vol., 15 fr), M. Léo Claretie n'a pas eu l'intention de nous donner un ouvrage scolaire ou didactique. Dans nos lycées, l'histoire de la littérature, de Malherbe à Hugo, doit --disent les programmes--être achevée en seize heures. Il en résulte que, d'après le plan uniforme sur lequel, jusqu'ici, les histoires littéraires ont été conçues, beaucoup d'écrivains de second ordre, mais dignes, néanmoins, de souvenir, ont été traditionnellement négligés. M. Léo Claretie s'est efforcé de réparer cette ingratitude et, dans son ouvrage--aimablement illustré de traits et d'anecdotes--il a voulu joindre aux noms très célèbres ceux «dont le seul démérite est de n'avoir pas figuré sur les programmes des classes, qui sont les dispensateurs de la gloire».
Qu'il s'agisse de littérature, de journalisme, de travaux divers, ou simplement de correspondance épistolaire, quiconque écrit--professionnel ou non--connaît la difficulté du qualificatif. Bien souvent, celui qui conviendrait pour la propriété, la précision, la nuance, ne se présente pas du premier coup; on le cherche, il se dérobe sous la plume et, parfois, on ne le trouve qu'au prix d'un effort mental prolongé. C'est à réduire cet effort au minimum que M. Pierre Schefer s'est ingénié en composant un Dictionnaire des qualificatifs classés par analogie (Delagrave, 2 fr.). Aide-mémoire précieux, indicateur suggestif, son petit livre est de ceux que leur utilité constante doit placer à portée de la main.
Questions d'actualité.
Si, dans notre pays, pour des raisons anciennes et récentes, l'empereur Guillaume n'est pas le plus populaire des souverains, il est du moins celui dont, à l'heure actuelle, on parle le plus souvent. Divers ouvrages, récemment éclos, nous ont initiés aux singularités authentiques ou imaginaires de la vie intime du monarque. M. John Grand-Carteret n'a pas eu l'intention d'ajouter un volume de plus à la liste de ces livres révélateurs. Lui (Par Laimm. 3 fr. 50), c'est Guillaume II devant l'objectif caricatural de toutes les nations; c'est un nouveau et très heureux numéro de la série humoristique que M. J. Grand-Carteret a entrepris de publier sur l'Allemagne et les Allemands. Dans une curieuse lettre au kaiser, l'auteur plaide la cause de la caricature que, seule, la maladresse des gouvernements rend séditieuse. Et peut-être, après tout, n'est-ce point là un paradoxe!
Dans un volume in-8° de près de six cents pages, le Président Émile Loubet et ses prédécesseurs, trente-cinq années de république (Jurai, 15 fr.), M. Henri Avenel a résumé non seulement l'histoire du septennat qui touche à son terme, mais encore celle des précédentes magistratures présidentielles. Nourri de faits et de documents, cet ouvrage forme un précis très complet de nos annales politiques depuis l'avènement de la troisième République jusqu'à l'heure actuelle. Des tables fort bien faites le rendent aisé à consulter et le texte en est abondamment illustré de portraits et de gravures fixant le souvenir des événements notoires.
DOCUMENTS et INFORMATIONS
Les effets d'une trombe.
Le 4 juillet dernier, une trombe a ravagé les environs de Cravant, près de Beaugency. M. Maillard vient de signaler quelques-uns des curieux effets de ce phénomène atmosphérique, qui s'est accompagné d'une dépression barométrique très forte au centre du tourbillon. Dans une cuisine, le carrelage s'est soulevé en dos d'âne. Ailleurs, dans un grenier, une balance-bascule de 50 kilos de poids a été jetée à un mètre de distance. Une petite pièce, dans le haut d'une habitation, a littéralement éclaté comme le fait une vessie pleine d'air sous la cloche pneumatique: ses cloisons se sont crevées et brisées, la pression à l'intérieur étant plus forte qu'au dehors. Ailleurs, en vertu du même principe, des vitres de chambres closes se sont brisées de dedans en dehors. On a remarqué un fait qui, à première vue, semble étonnant, mais qui, si l'on y réfléchit, est très naturel: c'est que les toitures les plus solides ont été les plus éprouvées. Les toitures formées d'ardoises ou de tuiles reposant sur des lattes n'ont pas souffert appréciablement: en effet, les ardoises ou tuiles, en se soulevant légèrement, aspirées par la dépression extérieure, ou plutôt soulevées par la pression intérieure, ont permis à la pression intérieure de se mettre en équilibre avec l'extérieure; les toitures neuves, solides, totalement appuyées et n'ayant pas de jeu, ont été enlevées tout d'une pièce, au contraire. C'est qu'elles manquaient de jeu, c'est qu'elles mettaient obstacle à l'établissement de l'équilibre: elles ont éclaté comme les murs ou les vitres cités plus haut, et ont été enlevées. Dans les champs on a observé aussi de singuliers effets. Un champ d'avoine a été totalement privé de son grain. Les tiges sont restées en place, amarrées par les racines; mais les grains, moins solidement attachés aux tiges, ont été enlevés, comme si un peigne y avait passé. Cet effet de happage est dû à un violent courant d'air ascendant.