Toutefois, contrairement à ce que l'on pourrait croire et à ce qu'enseignait jadis la balistique, la balle S ne souffre pas trop de sa légèreté et elle conserve sa supériorité sur l'ancienne balle allemande, non seulement à 2.000 mètres, mais jusqu'à la distance invraisemblable de 4.000 mètres.
Quant à la précision du tir, bien loin d'avoir été atteinte par l'allégement de la balle, comme nous le prêchaient jusqu'ici les balisticiens vieux jeu, elle a été augmentée dans la proportion de 5 à 7 environ.
C'est là un résultat qu'on avait déjà constaté en France avec la balle D, la justesse variant dans ce cas, comme la tension de la trajectoire.
D'autre part, la pénétration s'est fortement accrue. C'est ainsi que la balle S tirée dans le bois de pin à 400 mètres s'enfonce de 80 cent, au lieu de 45 à 800 35--25 à 1.800 10--5
A 350 mètres, elle traverse 7 millimètres de fer.
Dans le sable ou dans la terre, elle s'enfonce de 90 centimètres au maximum.
Enfin la balle S traverse nettement un mur d'une brique d'épaisseur (22 cent, environ), c'est-à-dire qu'elle traverse une brique en long. Les murs de clôture ordinaire ne se trouvent donc plus à l'épreuve de la balle, ce qui ne manquera pas de donner lieu à des surprises parfois désagréables. On sera atteint derrière un mur, comme derrière un gros arbre, du moins aux distances inférieures à 400 mètres.
Ajoutons que, la nouvelle cartouche allemande pesant de 4 à 5 grammes de moins que la cartouche en service jusqu'à ce jour, l'approvisionnement en munitions du fantassin allemand peut être augmenté d'un quart (150 cartouches au lieu de 120), ce qui constitue un nouvel et précieux avantage.
En résumé, l'armée allemande vient de faire avec la balle S un progrès technique des plus sérieux, progrès qui laisse derrière lui celui que nous avions accompli nous-mêmes. C'est là un fait qui mérite d'être apprécié à sa juste valeur, surtout après les éloges dithyrambiques jadis consacrés à la balle D.
Il y a deux ans seulement, nous avions, au point de vue technique, une supériorité notable sur l'armée allemande avec la balle D et le canon de 75 à tir rapide; cette supériorité était même assez accentuée pour faire quelque peu hésiter nos voisins de l'Est devant l'hypothèse d'une agression possible. Aujourd'hui, la balle allemande est meilleure que la nôtre; les Allemands achèvent de construire un matériel d'artillerie à tir rapide qui sera presque l'équivalent du nôtre et qui aura sur ce dernier une supériorité numérique de près de moitié (1); enfin ils disposent d'une artillerie lourde à tir rapide que nous n'avons pas encore. Il semble qu'il y ait là une situation de nature à préoccuper tous ceux qui ont la responsabilité de notre défense nationale.
L. S.