LE 8e SALON DE L'AUTOMOBILE:
LE GRAND PALAIS ILLUMINÉ, VU DU QUAI D'ORSAY
Dessin de Henri Jourdain.
Le tricar a ses deux places l'une derrière l'autre; la voiturette les a à côté l'une de l'autre. Le premier vaut de 1.300 à 1.800 francs; la seconde débute à 2.000 francs, je crois, jusqu'à 3.800 francs environ. La voiturette a quatre roues, absolument comme une voiture, mais elle n'a de la voiture, même en miniature, que la simple apparence. Le public ne doit pas s'y tromper, et les rêveurs d'automobiles populaires à des prix infimes doivent en prendre encore leur parti: jamais une voiturette n'offrira le confort ni la vitesse que procurent les vraies voitures. On admettra bien, je pense, que, si les voitures ont les dimensions d'empattement, de voie, de caisse, que nous leur connaissons, c'est parce que ces dimensions sont reconnues nécessaires! De ce qu'un client ne peut consacrer que 2.000 francs à l'achat d'une voiturette, il ne s'ensuit pas que ce monsieur ait les jambes plus courtes que le monsieur qui signera gaiement un chèque de 25.000 francs, et qu'il ait besoin de moins de place pour les allonger! De même l'assise d'un chauffeur peu fortuné réclamera la même profondeur que celle du plus milliardaire de nos amateurs!
Dès lors, puisque la voiturette ne pourra jamais satisfaire les jambes, l'assise, et tout le reste de son acheteur, sous peine de devenir une voiture pure et simple, il faut bien que cet acheteur ait la philosophie de se contenter de la portion congrue de confort que peut offrir une voiturette!
De plus, tant que les usines ne pourront pas construire les voiturettes par grandes séries, par trois ou quatre milliers à la fois, le marché ne pourra pas offrir, dans les prix les plus bas que j'ai indiqués, de machines de qualité réelle. Or on sait, ou tout au moins on soupçonne, quels dangers courent les voyageurs d'un appareil lancé à 30 ou 40 à l'heure, s'il n'est pas constitué de matériaux de premier choix!
Ces observations n'ont pas pour but de détourner aucun acheteur du tricar ou de la voiturette, mais de mettre en garde tous nos lecteurs contre un achat inconsidéré. L'industrie automobile n'est pas encore en pleine possession de la fabrication de ces appareils, comme elle l'est de la fabrication des voitures. Il y a donc lieu de prendre plus de précautions pour acquérir un instrument de 2.000 francs que pour en commander un de 15.000 francs. J'en connais déjà d'excellents; j'en sais par contre beaucoup plus d'exécrables.
En résumé, aujourd'hui, il est impossible de trouver sur le marché, pour 3.000 et 4.000 francs même, à l'état de neuf, un véhicule dit de famille, c'est-à-dire capable de porter normalement trois ou quatre personnes. La motocyclette est faite pour une personne; le tricar et la voiturette pour deux. Rien n'existe au delà dans la classe des petites automobiles. Et tous les trois sont faits pour rouler doucement, pour ne jamais dépasser 40 kilomètres à l'heure sur terrain plat, c'est-à-dire pour fournir une moyenne de 28 à 30 par tous profils. C'est peu; mais, pour la plupart des clients de cette classe, c'est fort suffisant.
LA VRAIE VOITURE ET SES SUBDIVISIONS
Lorsqu'on veut bénéficier de tous les avantages d'une vraie voiture, avoir le confort des places, le confort de la suspension, de la capote large et longue, il n'est qu'un, moyen: choisir une vraie voiture!
Il ne s'ensuit d'ailleurs pas que l'acheteur qui se décide à cette sorte d'achat voie obligatoirement ses finances compromises! On réalise aujourd'hui de bonnes voitures modestes au moyen d'un moteur d'un seul cylindre. C'est, au total, un poids de 600 à 700 kilos et une dépense de 6.000 francs environ. On achète ainsi un véhicule qui certes n'arrachera de cris d'admiration à aucun badaud, mais qui honnêtement fera un dur travail quotidien et résistera victorieusement à de longs voyages.
La voiture élégante, la voiture à quatre cylindres, c'est ici que triomphe à coup sûr l'industrie automobile! Le nombre des constructeurs d'automobiles de luxe est considérable, et je ne saurais trop compter tous ceux qui se sont fait, dans cette spécialité, un nom connu. Il n'y a ici pour un acheteur d'autre embarras réellement que celui du choix!