D'ailleurs, les visiteurs du Salon pourront remarquer sur le Cours-la-Reine des omnibus à impériale, les premiers à Paris, qui, à l'occasion de la fête de l'automobile, s'essayent à évoluer sans chevaux. Voici qu'en 1906 le progrès nous vient de la Compagnie générale des Omnibus!
L. Baudry de Saunier.
M. Faguet faisant son cours sur les Poètes français du temps du premier Empire.
LES PLAISIRS GRATUITS DE PARIS: EN SORBONNE
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Une habituée du cours de M. Faguet. |
Cours de M. Lanson: Histoire du goût littéraire au XVIIIe siècle. C'est une opinion généralement admise en province, et même à l'étranger, qu'il n'y a pas de ville où, pour passer agréablement le temps, on dépense plus d'argent qu'à Paris. Quelle erreur! Je me souviens d'un amusant inventaire auquel procéda, il y a une dizaine d'années, dans le supplément littéraire du Figaro, un jeune homme plein d'esprit, qui débutait alors dans les lettres, M. Jules Chancel. Il y énumérait et décrivait l'infinie série des «plaisirs gratuits» qu'offre Paris. Il y en a de toutes sortes, et pour tous les goûts, et l'écrivain nous démontrait bien spirituellement qu'il n'existe point à Paris de ridicule, de travers, de vice ou de vertu qui ne se puisse, en une certaine mesure au moins, satisfaire gratuitement. |
Paris ne possède pas seulement des jardins publics où l'on peut flâner délicieusement, apprivoiser de petits oiseaux et, la belle saison venue, former son goût dans la fréquentation des orchestres militaires; Paris n'a pas seulement des musées merveilleux où il fait chaud pendant l'hiver et des églises où il fait frais pendant l'été; des bibliothèques publiques, des conférences où l'on est à l'aise pour digérer; des salons d'hôtel où, sous prétexte d'attendre l'ami qui ne vient pas, on peut lire tous les journaux, feuilleter tous les illustrés des deux mondes et faire sa correspondance sur papier de luxe; des buffets de maisons de nouveautés où l'on peut se rafraîchir et se restaurer gratis, et des mairies où l'on trouve, de temps en temps, des mariées ravissantes à embrasser; Paris possède une Sorbonne dont toutes les portes, ou presque toutes, sont, huit mois sur douze, ouvertes à tout le monde, et où se donnent rendez-vous, en la plus pittoresque des promiscuités, toutes les curiosités, nobles ou futiles, toutes les coquetteries, tous les snobismes, toutes les activités, toutes les paresses...
Et c'est l'attrait suprême et l'originalité unique de ce lieu: l'homme sérieux s'y instruit, la femme frivole ne s'y ennuie point et le philosophe y jouit--comme le dessinateur--de petits spectacles où il est sûr de s'amuser beaucoup. C'est donc une grave affaire pour Paris que de savoir, à chaque retour d'hiver, ce que sera l'affiche de la Sorbonne. Quels professeurs y rencontrera-t-on et de quoi parleront-ils? Et à quels jours? Et à quelles heures? Dans la clientèle féminine de la maison ce détail est d'importance. Car, si l'on consent à orner son esprit de connaissances nouvelles, on ne peut pas tout de même, pour cela, désorganiser sa vie, changer «son jour», se lever ou déjeuner à des heures ridicules, renoncer à l'agrément de certaines visites à faire ou à recevoir et du thé de cinq heures.
Il y a aussi, en dehors de la Sorbonne, quelques cours où se porte volontiers la curiosité des amateurs, et il est intéressant de savoir, au moment où la Sorbonne va s'ouvrir, si telles conférences données par X... à l'École du Louvre ou par Y... au Collège de France, et qu'on ne veut point manquer, n'auront pas lieu à l'heure précise où Z..., de la Faculté des lettres, professera le cours très attendu qu'on a résolu de suivre aussi...
Les amateurs «sérieux» ont eu, cette année, le regret de ne point trouver sur l'affiche de la Sorbonne quelques-uns des noms qui les y attiraient d'ordinaire. M. Lavisse n'enseigne plus; M. Boutroux, M. G. Monod, M. Buisson, ont provisoirement quitté l'affiche. Mais le répertoire de l'hiver a tout de même de quoi satisfaire les curiosités des plus gourmands; et, si les noms des «célébrités» y sont plus rares, les compétences les plus variées et les plus notoires talents y figurent. Six maîtres y enseignent la philosophie; treize, la géographie et l'histoire; treize, les lettres et la philologie.
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S'est trompée de jour et assiste, avec sa mère, au cours de M. Luchaire: Innocent III et la question d'Orient. La troupe des amateurs se disperse autour de ces chaires en groupes très inégaux. Cette année, elle semble négliger un peu les philosophes, et nous sommes loin des belles années où c'était un brevet de distinction, pour une Parisienne, que d'être vue--très attentive et le crayon d'or à la main--aux leçons de Caro. |
Une Allemande qui suit les cours, quels qu'ils soient, pour apprendre la bonne prononciation française. |