Des années passèrent... En 1873, M. Rouher, agissant comme représentant de S. M. Eugénie de Guzman, comtesse de Téba, veuve de Charles-Louis-Napoléon, ex-empereur des Français, et de S. A. Mgr Napoléon-Eugène-Louis-Jean-Joseph, prince impérial, cédait au baron de Hirsch, moyennant 2.700.000 francs, l'hôtel de la rue de l'Elysée.

Le baron de Hirsch voyait grand. L'impérial buen retiro ne fut plus qu'une aile de l'hôtel follement luxueux qu'il bâtit et qui lui coûta la bagatelle de 6 millions. Ce fut «l'hôtel Hirsch», tel qu'il existe encore aujourd'hui, après avoir servi de cadre à des fêtes qui comptèrent parmi les plus somptueuses qu'ait vues Paris.

L'escalier d'honneur--que le prince de Galles, roi actuel de Grande-Bretagne et d'Irlande, déclarait le plus merveilleux qu'il eût vu--l'escalier de marbre et de bronze ciselé, engloutit lui seul un million et le jardin d'hiver du premier étage était fameux parmi les collectionneurs pour les quatre tapisseries superbes, aux armes de France, exécutées d'après les cartons de Bérain, qui le décorent. Le baron n'avait point coutume de lésiner pour ses fantaisies.

On accourut un jour lui proposer une cheminée datant de la Renaissance, un sobre et beau morceau, qui provenait du château de Montai, et au front de laquelle un cerf à la ramure d'or semblait son blason parlant (hirsch, en allemand, signifie cerf). Elle vint prendre place dans le hall.

L'impératrice, un jour, voulut revoir ces lieux où elle avait goûté les joies de l'existence libre, où elle avait été heureuse Elle visita tout ce qui demeurait de son ancienne résidence, la salle à manger de chêne, sa chambre et son petit boudoir bleu. Devant le panneau de Jourdan où sourit son fils, elle pleura.

--Merci! disait-elle à la baronne de Hirsch, merci d'avoir conservé ainsi tout cela. Ce boudoir!... On croirait que je viens d'en sortir hier... Quelles figures vieillies ou évanouies avaient pu se lever, dans les souvenirs de l'auguste visiteuse, autour de l'effigie de l'enfant blond... les belles amies d'autrefois... les souriantes femmes des décamérons fixés par Winterhalter: Mme de Pourtalès, Mme de Galliffet, Mme de Metternich... tout le passé!...

«Ronde d'enfants», peinture d'A. Jourdan. (Au centre, le prince impérial.) Le «boudoir bleu de l'impératrice,
décoré de panneaux d'A. Jourdan.

LA CÉRÉMONIE DES VOEUX DE NOËL AU VAL DES ROSES, EN LOMBARDIE