Nous leur répondrions qu'on fête Koliada, ou, plus exactement, que Paris est en train de célébrer l'anniversaire de naissance d'un Dieu; et ils penseraient que Paris a une façon singulière de pratiquer sa religion...
Il est vrai qu'on pourrait aussi leur montrer d'antres spectacles, et d'où se dégage une leçon meilleure: on les pourrait conduire aux églises où ils verraient se presser, s'entasser une foule non moins ardente à prier que ne l'est la foule du boulevard à applaudir la mattehiche et à manger du boudin; on leur pourrait montrer, au seuil de beaucoup de cheminées, beaucoup de petits souliers qui paisiblement attendent, dans le bon silence de la maison endormie, la visite de Koliada; et, dans tous les hôpitaux, les hospices, les patronages, les asiles où la charité recueille et soigne nos petits déshérités, des arbustes verts dressés, où pendent des joujoux. Elle est touchante, cette oeuvre du Joyeux Noël, et digne, en sa beauté toute simple, des femmes de cour qui l'ont créée. Elles ont voulu que le Bonhomme Noël, en cette nuit de réveillon, n'oubliât pas les maisons où il y a des enfants sans mère, des bambins pauvres et qui souffrent, et elles ont guidé le Bonhomme Noël vers ces maisons-là (1).
Mais ce sont là les bonnes actions dont Paris n'aime point à se vanter. Paris a cette pudeur, ou cette coquetterie singulière: il est frivole avec bruit et vertueux sans tapage. Il étale ses fredaines et ne semble redouter que l'aveu du bien qu'il fait...
Sonia.
Note 1: JOYEUX NOËL.--L'oeuvre charmante que signale notre Collaboratrice Sonia date de huit ans déjà, et ne saurait être, en effet, trop chaleureusement recommandée à l'attention et aux sympathies de tous. Son programme est simple: distribuer chaque année, à la date de Noël, des jouets neufs aux enfants pauvres, aux enfants malades, à tous les petits déshérités qu'ont recueillis nos établissements--officiels ou libres--d'assistance.
L'oeuvre a pu faire participer, l'an dernier, trente-neuf établissements à ces distributions: hospices, hôpitaux, sanatoriums, asiles, maisons de charité, patronages. Onze mille enfants pauvres ont reçu de l'oeuvre du «Joyeux Noël» des jouets neufs. Des livres, des provisions de chocolat, des vêtements chauds, ont été également distribués.
Présidée avec un inlassable dévouement par Mme Louis Grandeau, l'oeuvre n'est administrée et gérée que par des dames et des jeunes filles appartenant à la société parisienne. Elle reçoit avec reconnaissance, outre les dons en nature, tous les dons en argent. Ce sont ces dons en argent qui lui permettent de compléter ses paniers de Noël et de satisfaire, un peu plus largement chaque année, aux besoins de son intéressante clientèle.
Hélas! le sort de telles oeuvres est d'avoir continuellement, quoi qu'elles fassent, plus de besoins que de ressources; et c'est pourquoi nous appelons l'attention de nos lectrices sur l'oeuvre du «Joyeux Noël». Leurs dons peuvent être adressés au siège du comité: 4, avenue de La Bourdonnais.
NOTES ET IMPRESSIONS
Toutes les questions philosophiques et sociales ont été posées et isolément résolues par le dernier siècle, le plus puissant qu'ait vécu l'humanité; il reste à coordonner les réponses.
Paul Meurice.
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Pour juger les créateurs, il faut les envisager en eux-mêmes et à leur date, et ne pas retourner contre eux les progrès qu'ils ont suscités.
L. Liard.
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Toutes les Utopies, les Arcadies, les Salentes, les Eldorados n'ont rien d'enivrant: tant nous sommes impropres même à imaginer le bonheur.
Jules Lemaitre.