La tranquillité la plus parfaite règne aujourd'hui au Soudan et un service mensuel de bateaux à vapeur sur le Nil Blanc relie Khartoum à Gondokoro dans l'Ouganda. Il faut vingt-huit jours pour accomplir le voyage aller et retour et les bateaux s'arrêtent à El-Duem, Melut, Fachoda, Tanfikia et Lado (Congo belge). Ce voyage est fort intéressant; les bateaux sont confortables; mais, les arrêts étant très courts, je ne puis les recommander aux personnes qui désirent chasser. Le temps manque absolument.
Au-dessus d'El-Duem, le Nil est rempli d'hippopotames et les berges sont couvertes d'énormes crocodiles; il y en a des centaines et des milliers: les premiers, seuls ou par groupe, s'ébattant dans l'eau, les autres se chauffant paresseusement au soleil. C'est un spectacle inoubliable. Le pays est boisé et jusqu'au confluent du Nil Blanc avec la rivière Sobat, on y trouve en très grande abondance, des lions, des éléphants, des buffles, des antilopes, des gazelles, etc. Le Nil lui-même est couvert de millions de canards, d'oies sauvages, de pélicans et d'une variété infinie d'immenses oiseaux.
Danseuses soudanaises.
C'est incontestablement le paradis du chasseur!
La question se pose: comment y parvenir de Khartoum? J'y répondrai en indiquant d'abord la manière dont, avec six amis, parmi lesquels trois dames, nous nous y prîmes. Nous louâmes au Département des bateaux et steamers du gouvernement du Soudan, un magnifique steamer appelé Abbas-Pacha. Celui-ci avait trois ponts. Sur le pont d'en bas, nous avions à l'arrière une grande salle à manger; le milieu était occupé par les machines; l'avant abritait nos cuisines, l'office, les magasins à provision et une véritable étable où étaient installés des poulets, pigeons, dindons, des moutons, et une vache afin d'avoir du lait frais. A fond de cale, nous avions 300 kilos de glace, et différents bateaux remontant le Nil nous en apportèrent. Nous n'en manquâmes qu'une demi-journée pendant tout le voyage.
Sur le deuxième pont nous avions dix magnifiques cabines à deux couchettes, deux salles de bains avec baignoires et douches froides et chaudes, un salon et, au milieu du pont, dans toute sa largeur, au-dessus des grandes roues, un endroit ouvert formant un grand «hall», meublé de tables, de fauteuils et de canapés.
Enfin, le troisième pont, tenant toute la longueur et toute la largeur du bateau, était pour la promenade. Ponts, cabines et salons étaient éclairés à l'électricité. Nous payâmes pour la location seule de ce bateau 500 francs par jour au gouvernement. Nous nous entendîmes avec la maison Angelo Capato, de Khartoum, qui nous fournit cuisiniers, domestiques, provisions fraîches, conserves, vins, liqueurs, bières, eaux minérales, glace, etc., etc. Une véritable cave et un magasin d'épicerie et de conserves avaient été installés à bord et tout ce dont nous ne nous servîmes pas fut repris.
Dans les différents villages, notre cuisinier acheta de la volaille, des poissons, des oeufs, des légumes.
Pour sept personnes, les frais revinrent à environ 200 francs par jour, qui, joints aux 500 francs de location du bateau, firent 100 francs par jour et par personne. La dépense par tête serait naturellement plus élevée pour moins de personnes, et moindre, au contraire, pour plus. L'Abbas-Pacha peut recevoir dix passagers en en mettant un seul par cabine et vingt en occupant tous les lits. Le prix de location serait le même pour cinq ou dix voyageurs.