ROMANS
Après LA TOISON D'OR, de J.-H. Rosny, L'Illustration publiera, en février prochain: LE BON TEMPS, roman écrit spécialement pour L'Illustration par l'auteur du Duel et du Marquis de Priola;
Puis: la Mémoire du coeur, par Michel Corday; Robinson, par Alfred Capus; la Douceur de vivre, par Marcelle Tinayre.
Tous les numéros de L'Illustration contiennent un fascicule de roman, illustré d'une gravure tirée sur chine.
GRAVURES
Alternant avec les pièces de théâtre, paraîtront en 1906 de nombreuses et superbes gravures d'art, hors texte, imprimées en couleurs, ou des estampes tirées en taille-douce ou en camaïeu, toutes dignes d'être encadrées.
Dans un des prochains numéros nous donnerons: LA LAITIÈRE, par J.-B. Greuze, formant pendant à La Cruche cassée, parue dans le numéro du 16 décembre.
MUSIQUE
Notre prochain supplément musical contiendra notamment un fragment de la Coupe enchantée, la comédie lyrique de M. Gabriel Pierné, qui vient de remporter un si vif succès à l'Opéra-Comique.
COURRIER DE PARIS
Journal d'une étrangère
«Les agents sont de brav' gens», dit une chanson montmartroise; et la chanson dit vrai. Ce sont de braves gens à qui bien injustement Paris rend la vie dure quelquefois. Ils auront mal fini l'année. Pendant les trois semaines que dura la grève de nos terrassiers, je les retrouvais à chaque instant, groupés autour des chantiers déserts, les mains tendues aux petites flammes des braseros. Des gardes républicains sans armes (encore de braves gens!) se mêlaient à eux; et tous demeuraient là, paisibles, dans la nuit et dans le froid, guettant la bagarre possible, toujours prêts à courir--sans phrases --au-devant de quelque mauvais coup. Les terrassiers sont redevenus sages et ce sont, à présent, les garçons épiciers qui se fâchent. Le bon sergot, lui, subit sa destinée sans colère. Des chantiers du Métro nous l'avons vu passer aux devantures des marchands de comestibles et, depuis huit jours, y monter la garde, impassible spectateur du tapage et des affolements qui parent d'une si pittoresque physionomie cette dernière semaine de décembre.
Car c'est l'affolement. Cohue sur les trottoirs; bousculade et asphyxie dans les magasins; les boulevards me font penser aux quais d'une gare où vingt mille personnes auraient peur, en même temps, de manquer le train. Y a-t-il, dans les rues, plus de voitures que la semaine dernière? Assurément non; mais, au lieu de fiacres vides qui stationnent, il y a des fiacres pleins qui courent, et cela donne aux yeux, dès que vient la nuit et que s'allument les lanternes, une impression d'enfer joyeux... La population des piétons aussi semble doublée, et l'on n'avance, entre la Madeleine et la porte Saint-Denis, qu'en jouant des coudes. Pourquoi? C'est que tout Paris est dans la rue. Tout Paris fait ses emplettes, fiévreusement, dans une hâte folle. Et cependant voilà plus de quinze jours que s'offraient à, nous les tentations des étalages de nouvel an. On s'y arrêtait paresseusement; on pensait: «Je verrai demain.» Et voici que l'heure presse et que, tout de même, il faut prendre un parti. Alors on court, on se rue, on prend d'assaut le sac de bonbons, le livre d'étrennes, le jouet, le bibelot, qui ne sont exactement ni le bibelot, ni le jouet, ni le volume, ni le sac de bonbons qu'on souhaitait d'acheter. Mais quoi? On est en retard. Tout le monde est en retard et de ce désarroi universel résulte une prodigieuse agitation de fête.