J'ai goûté pendant une année cette joie très profonde; j'en remercie de tout mon coeur, en prenant aujourd'hui congé d'eux, les lectrices et les lecteurs de ce journal.
Lorsqu'en janvier dernier, le directeur de L'Illustration voulut bien m'inviter à détacher de mon carnet, pour les publier ici, quelques-unes des «impressions» de ma deuxième année de Paris, il fut amicalement convenu entre nous que la place que me cédait--pour douze mois--le très spirituel écrivain qui l'occupait alors! lui serait rendue le jour même où ce bail prendrait fin. Les douze mois sont passés.
Les lecteurs de L'Illustration connaissent depuis longtemps M. Nozière, qui, sous la signature d'André Fagel, leur livra pendant plusieurs années les leçons de sa fine expérience des gens et des choses de Paris. Ce sont, de nouveau, les chroniques de M. Nozière qu'ils trouveront à cette place, à partir de la semaine prochaine.
Encore une fois, l'Etrangère à qui tant de bienveillance fut témoignée leur dit merci; et, suivant la vieille formule qu'aucune formule meilleure ne remplacera, elle leur souhaite, à toutes et à tous, une bonne année.
Sonia.
Le convoi se rendant du village de Medwied à la gare
d'Utorgosch, éloignée de 15 verstes.
LE RAPATRIEMENT DES PRISONNIERS DE GUERRE JAPONAIS
Tandis que les Japonais renvoient aux Russes leurs prisonniers, en Russie on s'occupe aussi de rendre au Japon les prisonniers qu'on lui avait faits. La tâche des Russes est infiniment moins compliquée, en ce cas, que ne l'est celle de leurs anciens adversaires.
D'abord, comme on le sait, les Russes, continuellement malheureux dans les combats et n'ayant guère remporté que des avantages partiels et passagers, avaient fait très peu de prisonniers. Tandis qu'ils confiaient les malades et les blessés aux soins des médecins militaires des hôpitaux de Moscou, ils avaient interné les captifs valides dans le village de Medwied, dans le gouvernement de Nijni-Novgorod. Nous avons publié, le 9 septembre, des vues de ce village, et montré par des photographies quel était le sort des prisonniers japonais. Toute la liberté compatible avec les règlements militaires leur avait été laissée, et ils n'ont pas plus eu à se plaindre du traitement qui leur était accordé que les prisonniers russes n'ont eu lieu de récriminer contre le sort qu'on leur faisait au Japon. Ils n'ont eu à souffrir réellement que du mal du pays, que d'être si éloignés de la terre natale.
Les Japonais, d'ailleurs, étaient des hôtes autrement dociles que leurs anciens antagonistes, et c'est ce qui rend, aujourd'hui encore, leur mise en liberté si peu compliquée.