Un de nos lecteurs nous communique le dessin reproduit ci-contre, qui prouve à quel point Édouard Detaille était prédestiné à devenir le grand peintre militaire qu'il a été, comme la brève note qui accompagnait l'envoi, et qui raconte dans quelles circonstances le maître, célèbre, universellement admiré, apposa sur ce croquis ancien sa signature, atteste la délicieuse urbanité du parfait galant homme qui vient de disparaître.

Ce croquis, précieux pour quiconque voudrait chercher à discerner les dons de précision, de virtuosité déjà en germe dans le lycéen de douze ans, date de 1861. Édouard Detaille en fit don à l'un de ses condisciples, Paul Thumeloup, plus tard avocat, puis négociant. Des mains de celui-ci il passa, par héritage, en celles d'un sien cousin, M. A. Géraud, à l'obligeance duquel nous en devons la communication.

Or, M. Géraud, s'armant de courage, osa demander un jour au grand peintre la permission de le lui montrer. Il reçut à l'atelier du boulevard Malesherbes l'accueil exquis qu'y rencontrèrent toujours tous les visiteurs. C'était en juin dernier.

UN «DETAILLE» DE 1861.--Dessin fait par Édouard Detaille à l'âge de douze ans, reconnu et signé par lui cinquante et un ans plus tard, le 13 juin 1912.--Communiqué par M. A. Géraud.]

Édouard Detaille fut content de revoir ce croquis enfantin, déjà si alerte. Il le jugea avec la sévérité qu'il montrait invariablement envers lui-même: «C'est amusant, dit-il... J'avais déjà du goût pour les soldats!... Mais ce n'est pas fameux.» Et il évoquait, souriant, les pensums innombrables que lui avait valus, en ces temps lointains, sa passion pour le dessin,--pour «les soldats»! Puis il prit sa plume, et dans l'angle du papier, en haut à gauche, il signa, reconnaissant galamment cet enfant oublié de sa prime jeunesse.

LA CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE

MM. Raymond Poincaré et Alexandre Ribot

Le 17 janvier prochain, le Congrès réuni à Versailles désignera le successeur de M. Armand Fallières, dont le septennat arrive à son terme. Les circonstances que nous traversons, la situation extérieure toujours difficile, les graves problèmes qui se posent maintenant devant l'Europe donnent à cette élection une importance plus grande que jamais. La France entière sent profondément la nécessité d'avoir à sa tête un homme d'une expérience éprouvée, qu'une haute autorité morale, une valeur indiscutable dressent au-dessus des partis et de leurs querelles. Le Parlement partage, cette fois, les préoccupations du pays. Et consciencieusement il cherche, pour l'élever à une si haute charge, le meilleur et le plus digne.

Même, rompant avec une tradition néfaste qui faisait de la préparation d'une élection présidentielle une affaire de conciliabules secrets, d'intrigues, les groupes agissants du Sénat et de la Chambre ont voulu présenter d'avance aux votes du Congrès le ou les candidats qu'à leurs yeux il serait désirable de voir élire: c'est un geste dont la presse a été à peu près unanime à les féliciter. On avait tout d'abord songé à offrir la candidature à M. Léon Bourgeois, qui a rendu au pays d'éminents services et dont le prestige hors de nos frontières est certain: des raisons impérieuses, une santé délicate et qui exige de grands ménagements, ont contraint le ministre du Travail à ne point accepter la tâche qu'on voulait lui confier.