On a dû se préoccuper aussi de l'éclairage, très incomplet jusqu'ici, puisqu'il n'était assuré que par une centaine de becs de gaz «papillon», quantité suffisante d'ailleurs, tous les précédents congrès ayant pris fin avant la nuit ou ayant eu lieu dans les mois aux longs jours. On avait songé, tout d'abord, à l'électricité, mais Versailles, paraît-il, ne peut fournir le courant nécessaire, et l'on dut adopter le bec Auer: il y aura 600 lampes de ce modèle. Quant au chauffage, il est réalisé par un calorifère très puissant.

Les appartements intérieurs ont été tendus à neuf. Le nouvel élu n'a point, à Versailles, ainsi qu'on l'a dit parfois, de chambre personnelle où il puisse, s'il lui plaît, passer la nuit. Seuls, les deux présidents de la Chambre et du Sénat ont droit au logement: ils n'usent d'ailleurs que de la salle à manger mise à leur disposition, pour y convier à déjeuner les bureaux de leurs assemblées respectives.

Dans la salle, les sièges ont été recouverts de cuir jaune foncé. Les membres des deux Chambres s'assoient, sans places marquées, au hasard, ou plutôt, si l'on peut dire, suivant leurs affinités électives.

Les frais assez élevés que nécessite cette mise en état indispensable sont supportés pour un tiers par le Sénat et pour deux tiers par la Chambre. C'est la questure du Palais-Bourbon qui règle et ordonnance les dépenses. En revanche, c'est le personnel du Luxembourg qui assure, le jour de l'élection, le fonctionnement des différents services; au cas où le congrès se prolongerait le lendemain, le personnel de la Chambre remplacerait celui du Sénat. Enfin, douze lignes télégraphiques ont été équipées entre Versailles et Paris; et quatre trains spéciaux ont été commandés aux chemins de fer de l'État: un pour le gouvernement, qui partira de Montparnasse, et les trois autres, qui partiront respectivement de cette dernière gare, des Invalides et de Saint-Lazare, pour les membres des deux Assemblées.

MORT DE M. DE KIDERLEN-WAECHTER

M. de Kiderlen-Waechter.

La mort soudaine, au lendemain des fêtes de Noël, de M. de Kiderlen-Waechter, le secrétaire d'Etat à l'office impérial des Affaires étrangères d'Allemagne, a provoqué en Europe des impressions diverses, mais non point cette émotion générale qui s'attache à la disparition des hommes de tout premier plan, difficilement remplaçables. M. de Kiderlen-Waechter dut aux circonstances d'occuper le poste de ministre des Affaires étrangères dans une période d'âpre controverse franco-allemande, et son rôle, au regard de la France, fut, un moment, des plus ingrats. Nous ne saurions évidemment lui en vouloir de s'être efforcé de servir son pays, le mieux possible, et à sa manière, qui était teutonne. Il avait pourtant pris une part active et sincère à l'accord franco-allemand de 1909. Par la suite, obsédé par le souvenir des attitudes et des procédés de Bismarck, son maître, il tenta les chances périlleuses d'Agadir pour réaliser, lui aussi, une oeuvre. Son but, qui était de faire payer au plus haut prix, par de précieuses compensations coloniales, le désistement de l'Allemagne au Maroc, fut poursuivi dans les conditions retentissantes et périlleuses que l'on sait et qui sont à peine d'hier. Mais, bien que, finalement, cette politique de M. de Kiderlen-Waechter nous ait coûté une partie de notre Congo, nous lui devons néanmoins une gratitude pour avoir provoqué dans notre pays un admirable réveil national. M. Maximilien Harden n'écrivait-il pas, il y a un an, dans le Zukunft: «Les Français, loin d'en vouloir à de Kiderlen-Waechter, devraient lui élever un monument. La France, qui allait à l'antimilitarisme et à l'anarchie, s'est, après le coup d'Agadir, ressaisie dans un élan magnifique; elle sort vivifiée de cette épreuve.»

LA SANTÉ DU TSARÉVITCH