SCÈNE DE LA RUE PARISIENNE.--Un contraste en blanc et noir.
Dessin de L. Sabattier.
C'est une rencontre piquante, observée un jour dans la rue et prise sur le vif, qui a fourni le sujet de ce plaisant tableautin en deux couleurs, blanc et noir, et à deux personnages, la Parisienne et le charbonnier... Par ce doux hiver, qui n'a de neigeux que l'hermine dont se couvrent les épaules élégantes, la fourrure délicate et fragile entre toutes, celle qu'une goutte de pluie tacherait, mais qu'un rayon de soleil fait briller d'un soyeux éclat, s'offre comme le luxe préféré. Elle est la parure précieuse, aristocratique, l'objet de la plus chère convoitise, dont la possession vaut un titre de noblesse, et qui «classe» une femme... Celle-ci, à défaut du manteau rêvé, porte une étole d'hermine, large et longue à souhait, et si ingénieusement disposée qu'elle semble en être habillée tout entière. De l'hermine, elle en a voulu jusque sur son chapeau; et ses mains disparaissent dans un vaste manchon, qui est d'hermine, lui aussi.
Ainsi vêtue de blancheur épaisse et molle, elle est sortie de chez elle, ce matin-là; et, dans la rue, elle s'est rappelé qu'ayant omis, distraite ménagère, de faire sa commande à son fournisseur habituel, elle avait «un mot à dire» au charbonnier du coin, providence des journées d'hiver. La voici devant son étroite boutique, dont l'enseigne avertit qu'on y vend tout ensemble de quoi se chauffer et de quoi boire: le charbonnier reconnaît sa jolie cliente, et, de la voir si blanche en face de lui, si noir, il a un étonnement familier et joyeux. Elle aussi, surprise d'abord, a remarqué l'imprévu de la rencontre. Tous deux, oubliant, pour un instant, les distances--peut-être moins grandes qu'il ne paraît--qui séparent un brave charbonnier d'une fine Parisienne, tous deux s'amusent de la petite comédie dont ils sont les acteurs. Et, enfin, c'est en riant qu'elle le prie de monter chez elle «un sac de charbon et des margotins pour allumer le feu».
Le premier instantané d'un empereur du Japon.--Le mikado Yoshi Hito, précédé d'un officier de son état-major, se rendant à cheval au parc d'aviation militaire de Tokorozawa.
--Comm. par le Kokumin Shimbun.
AU JAPON
Lorsque se produisit, au mois d'août dernier, le changement de règne au Japon, nous avions indiqué que le nouvel empereur Yoshi Hito, moins respectueux que son père des traditions et des rites consacrés, entendait se mêler davantage à la vie extérieure de son peuple, et ne point s'entourer du mystère presque impénétrable qui dérobait aux regards la personne de Mutsu Hito. On se souvient peut-être que, pour évoquer ici, le plus fidèlement possible, les traits du défunt mikado, qui jamais ne posa devant l'objectif, nous avons dû, à défaut d'autre document, publier la photographie d'un ancien portrait officiel, corrigé en 1904 «d'après les indications d'un membre du corps diplomatique qui pouvait approcher l'empereur». Le jeune souverain qui préside aux destinées du Japon ne donnera jamais si grand souci à ses historiographes.
Déjà, dans notre numéro du 24 août 1912, nous l'avons montré en tenue de général de division,-image peu familière encore, où il apparaissait hautain et raide, la tunique chargée de décorations, une main sur la garde de son épée. Voici un instantané, pris aux dernières grandes manoeuvres, qui le représente dans un plus simple appareil: vêtu d'un correct et sobre uniforme, le mikado se rend à Tokorozawa, près de Tokio, pour visiter le parc d'aviation militaire. L'héritier de celui que ses sujets nommaient le Fils du Ciel, et qu'ils vénéraient à l'égal d'un dieu, se montre ici sous l'aspect d'un souverain très moderne: le règne de Yoshi Hito marquera une singulière évolution dans les coutumes impériales du Japon.
C'est du Japon également que nous vient la photographie reproduite ci-dessous. Au pays des chrysanthèmes, la fleur nationale est l'objet d'un culte attentif et charmant, qui prend les formes les plus imprévues: dans le parc de Dangosaka. A Tokio, on l'utilise pour figurer, en grandeur naturelle, les héros du vieux théâtre japonais.