Le musée du costume!... On en parlait depuis des années. Il était toujours sur le point de se faire et ne se faisait jamais, en dépit de l'obstiné dévouement que mettaient à le préparer et à le construire, à travers tous les obstacles, ses parrains désignés et naturels, le peintre Leloir et le dessinateur Vallet, et beaucoup d'autres artistes acharnés, comme ces deux vaillants, à la réussite de l'idée. Et voici que tout à coup, grâce à la généreuse décision testamentaire de Detaille, le beau projet est virtuellement réalisé. Nous aurons un musée du costume. Bien mieux, nous en aurons deux, qui, quoique séparés et distincts, se complétant et s'achevant l'un par l'autre, n'en feront qu'un, pour la joie instructive de tous ceux qui en seront les visiteurs assidus et familiers. L'État aura le musée Detaille, musée du costume militaire, et la Ville de Paris, le musée du costume civil, tous les deux sous la direction d'une même pensée artistique et éducatrice. Et vraiment il était incroyable, quand presque toutes les capitales d'Europe ont leur rétrospective de la parure, que nous n'eussions pas même un modeste local affecté à l'histoire documentaire de notre habillement. Les beaux vieux habits de soie, les robes à paniers ne savaient plus depuis des centaines d'années où se mettre. Elles n'avaient pendant longtemps trouvé asile que chez les peintres et les costumiers de théâtre. Mais bientôt ceux-ci eux-mêmes les méprisèrent, comme inutiles ou hors d'usage. Les pauvres hardes, éclatantes ou fanées, s'en furent alors chez l'antiquaire qui avait grand'peine à les placer, qui ne consentait à les admettre dans son bric-à-brac que parce qu'elles faisaient, jetées çà et là, un joli effet de pittoresque décoratif... Et puis, quand la mode vint peu à peu de les acheter, ce ne fut que pour les détruire, pour en recouvrir des fauteuils, en employer l'étoffe à la confection de mille objets, pour les coupasser et les déshonorer dans ces innombrables petits massacres que l'on appelle «des travaux de dames». Ils finissaient donc, ils allaient disparaître,... quand le bon Detaille et son ami Maurice Leloir leur ouvrirent ensemble et toute grande la porte des hôtels et des salons hospitaliers où ils vont enfin, dans des décors d'époque, cesser d'être dépaysés et se retrouver entre eux, en bonne compagnie... ayant de quoi parler, disant tout bas les choses qu'ils ont vues, auxquelles ils ont participé et qu'hélas! nous ne saurons jamais. Si nous pouvions connaître seulement le quart de ce qui leur est arrivé, nous serions fous... Henri Lavedan.
(Reproduction et traduction réservées.)
M. Antonin Dubost. M. Paul Deschanel.
AVANT LE CONGRÈS.--Les présidents du Sénat et de la Chambre des députés.
LA CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE
Un décret présidentiel signé mardi dernier, 7 janvier, en conseil des ministres, a définitivement fixé au 17 courant la réunion du Sénat et de la Chambre des députés en Assemblée nationale, afin de procéder à l'élection du président de la République.
Aucune candidature nouvelle n'a officiellement surgi depuis que M. Raymond Poincaré et M. Alexandre Ribot ont si courageusement fait connaître leur résolution de se présenter aux suffrages du Congrès, se jetant, de propos délibéré, en proie aux polémiques inévitables. Mais, comme nous l'indiquions en présentant, la semaine dernière, ces deux candidats nettement déclarés, ils auront des concurrents: il est certain, dès à présent, comme nous l'avons dit, que M. Antonin Dubost, président du Sénat, et M. Paul Deschanel, président de la Chambre, seront avec eux sur les rangs. Toutefois, l'un comme l'autre, sollicités de faire connaître leurs intentions à cet égard, se sont défendus de faire aux journalistes aucune confidence. M. Paul Deschanel, soumis à la réélection comme président de la Chambre à la rentrée, le 14 janvier, a estimé que les convenances, un sentiment de déférence vis-à-vis de ses collègues, lui interdisaient «de porter ses regards au delà de cette date». Pour les mêmes raisons M. Antonin Dubost déclare vouloir observer pareille attitude. Et cette réserve s'explique parfaitement. Entre la réunion des Chambres et celle de l'Assemblée nationale auront lieu, d'ailleurs, maints conciliabule, parlementaires d'où peut surgir plus d'une candidature encore.
LA CEINTURE DE PARIS APRÈS LA DÉMOLITION
DES FORTIFICATIONS: DEUX EXEMPLES
[(Agrandissement)]
A L'OUEST, ENTRE LA PORTE DES TERNES ET LA PORTE DE COURCELLES.--Sur la largeur des fortifications (environ 130 mètres), dont le fossé sera remblayé au niveau des boulevards extérieurs actuels, s'élèveraient, le long de voies larges et aérées, des immeubles qui, dans le quartier représenté ici après sa transformation, offriraient tout le confort moderne. Au delà, la bande de 250 mètres de largeur qui constitue la zone militaire serait convertie intégralement en parcs et terrains de jeux et formerait, autour de Paris, une ceinture d'espaces libres de 35 kilomètres et de plus de 500 hectares.