Ensuite, avec l'autorisation du lieutenant-colonel Andlauer, commandant le corps français d'occupation en Chine, je suis allé visiter l'arsenal de l'Est, où sont installés nos soldats avec leurs officiers. Ai-je besoin de vous dire que le représentant de L'Illustration a été bien reçu?

J'ai trouvé là nos marsouins alertes et gais, travailleurs et débrouillards, soldats de France, quoi!

L'infirmerie est installée dans des bâtiments bien chinois, où l'on pénètre par une grande porte sur les battants de laquelle sont peints deux mandarins géants autant que rébarbatifs, chargés d'en interdire l'entrée aux mauvais esprits. Çà et là, de petites cours, de petits jardinets bien tranquilles et agréablement ombragés, à l'usage des convalescents.

L'arsenal de l'Est (à 6 kilomètres de Tien Tsin) avait été construit sous le vice-règne de Li Hung Tchang. Il comprend, dans une enceinte de plusieurs kilomètres de tour, des magasins, des poudrières, des casernements, un parc d'artillerie, une machine à distiller, des logements d'officiers, des bureaux, télégraphes, etc., et le lieutenant-colonel Andlauer remplit ici les fonctions très enviables d'un véritable commandant de corps d'armée. Un beau petit corps d'armée, vraiment, car, si nos soldats ne sont pas nombreux, ils sont bons, et, ô prodige! ils sont sportifs aussi. Au jeu bien anglais du tug of war, la lutte à la corde, ils battent couramment l'équipe britannique qui, pourtant, est d'une belle force.

L'équipe française de Pékin est particulièrement entraînée à ce sport passionnant et c'est un spectacle très beau que celui de ces énergies physiques et morales obéissant aveuglément aux ordres de leurs chefs. Ce sport mériterait une description qu'il serait trop long de donner ici. Il est encore peu connu, si ce n'est comme jeu de société, mais je vous assure qu'il est très emballant et même angoissant. Il arrive, en effet, quelquefois, que des hommes tombent évanouis au bout de dix ou quinze minutes d'un effort continu et d'une tension formidable de tous leurs muscles et de toutes leurs forces de volonté et de ténacité.

UNE FÊTE SPORTIVE

J'ai tenu à rester à Tien Tsin pour assister à la belle fête que les troupes françaises ont donnée aux résidants européens et dont le programme comportait, outre la lutte à la corde, des courses, assauts, concours et matches variés entre les équipes des divers corps d'occupation. Malgré le véritable intérêt sportif qu'elle présentait, j'ai été séduit, surtout, par l'aspect vraiment curieux et suggestif de la foule des invités.

Miss Chung avec la fille d'une de ses malades.

Figurez-vous le pesage de Longchamp ou de Chantilly, de très jolies femmes, d'élégantes toilettes, des sportsmen venus à cheval ou en auto (il y a beaucoup d'autos à Tien Tsin). Et, par-dessus tout, l'invraisemblable réunion d'uniformes de tous grades des principales nations du monde,--je ne recommence pas l'énumération que je vous ai déjà faite à propos des croiseurs. Il y avait même des Chinois! On peut voir, de temps en temps, dans des fêtes officielles ou des cérémonies, des militaires étrangers en grande tenue, mais ici tout le monde était en blanc ou en kaki, presque en tenue de campagne.