VEILLE D'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE
Un incident politique vient de se produire qui, étant donné les circonstances, le moment--à la veille de l'élection du président de la République--a produit une vive impression. Il a eu comme conséquence immédiate la démission de M. Millerand, ministre de la Guerre, et un remaniement du cabinet: M. Lebrun, ministre des Colonies, a pris le portefeuille de la Guerre, et a été remplacé lui-même au pavillon de Flore par M. René Besnard, sous-secrétaire d'État aux Finances.
Le samedi 11 janvier, le Journal officiel enregistrait un décret présidentiel daté du 6, réintégrant dans l'armée et affectant au service des chemins de fer et des étapes dans le gouvernement militaire de Paris au titre de l'armée territoriale, le lieutenant-colonel Mercier du Paty de Clam qui, depuis 1900, depuis «l'Affaire», où il joua un rôle qu'on n'a pas oublié, était à la retraite.
| Devant l'hôtel particulier du Président du Conseil: M. Millerand va confirmer à M. Poincaré sa décision de lui rendre le portefeuille de la Guerre. |
M. Besnard, M. Lebrun. Devant le ministère des Colonies: M. Albert Lebrun, devenu ministre de la Guerre, va remettre les services des Colonies à son successeur, M. René Besnard. |
TRANSMISSION DE POUVOIRS MINISTÉRIELS
Le président du Conseil et ses collaborateurs n'avaient pas été mis au courant de cette mesure. Ils s'en émurent. Au Conseil des ministres de samedi, M. Millerand leur expliqua ses raisons: s'il n'avait pas saisi le conseil de cette affaire, c'est qu'il considérait qu'elle avait un caractère purement administratif. M. du Paty de Clam, en effet, avait introduit, contre la décision qui l'avait mis à la retraite, un pourvoi devant le Conseil d'État. Ce pourvoi avait été rejeté. Le colonel avait alors déposé contre le ministère de la Guerre une plainte pour faux et forfaiture, se basant sur ce qu'on avait communiqué au Conseil d'État une pièce où ses états de service étaient inexactement mentionnés. Plus tard, sollicitant sa réintégration, au moment du «coup d'Agadir», il avait obtenu de M. Messimy la promesse qu'il serait donné suite à sa requête s'il se désistait de sa plainte. Il acquiesça. Ainsi, M. Millerand n'avait fait, soutint-il, que tenir un engagement pris par son prédécesseur,--étant couvert, d'ailleurs, par un avis du comité du Contentieux.
Le ministre de la Guerre ajoutait, toutefois, que, si ses collègues ne partageaient pas sa manière de voir, il était prêt à mettre son portefeuille à leur disposition. Dans la soirée, il écrivait dans ce sens à M. Raymond Poincaré.
Dimanche, la démission de M. Millerand était acceptée.
Quant à présent, selon un mot fameux, «l'incident est clos». Mais ne pourrait-il avoir une répercussion sur le scrutin de Versailles? C'est là ce qu'on se demande jusqu'au dernier moment, et encore à l'heure où nous écrivons.