La guerre ayant commencé aussitôt après la récolte, l'armée bulgare s'est trouvée dans des conditions exceptionnelles pour vivre aux dépens des pays traversés. Les paysans de Thrace ont, en effet, l'habitude de conserver d'une récolte à l'autre ce qui est nécessaire à la nourriture de leur famille et de leurs animaux.

Or, l'expérience apprend que, dans un pays agricole moyennement peuplé, 60 à 70 habitants par kilomètre carré, une zone de 3 kilomètres carrés au maximum peut faire vivre 1.000 hommes pendant un jour. En Thrace, où la densité de la population ne dépasse guère 30 habitants par kilomètre carré, il faudrait une zone de 5 kilomètres carrés. Dès lors, l'armée bulgare avait besoin d'une zone d'environ 100 kilomètres de longueur sur 30 à 35 kilomètres de profondeur pour s'alimenter durant quatre jours, sans rien recevoir de l'arrière et sans toucher à ses réserves. Cela représentait 750 hommes pour 10 kilomètres carrés.

En ce qui concerne la viande, on admet qu'un pays, à moins d'être très pauvre, possède 10 têtes de gros bétail par kilomètre carré (non compris les moutons et les porcs). Une zone de 10 kilomètres carrés pouvait donc fournir 100 têtes qui, à raison de 400 rations par tête, donnaient 4.000 rations pour les 750 hommes occupant cette surface.

Le commandant Lemarc estime que, dans ces conditions, la période de concentration n'offrait aux Bulgares aucun problème d'alimentation difficile; l'exploitation des ressources locales pouvait suffire.

Le ravitaillement par convois présentait d'autres difficultés. Disons seulement qu'en supposant les huit divisions de l'armée de Thrace éloignées de huit étapes de leur base, il fallait, pour assurer la nourriture des troupes, 12.800 voitures avec 25.600 animaux de trait.

Examinons maintenant le chapitre des munitions.

Chaque division possédait comme artillerie:

9 batteries Schneider (Creusot), de 4 pièces;
3 à 6 batteries Krupp, de 3 à 6 pièces;
1 batterie d'obusiers lourds de 4 pièces.

Soit un total de 54 à 72 pièces légères et de 4 pièces lourdes.

On peut compter, par pièce rapide, une consommation journalière de 70 à 140 coups par pièce. Pendant la guerre de Mandchourie, certaines batteries japonaises ou russes ont tiré 500 coups par pièce dans un seul jour.