La «villa» des forains
à Clignancourt.
A la porte d'Italie, nous rencontrons le «marché aux puces», le vrai, celui qui laisse loin derrière lui, comme pittoresque et renommée, le marché aux puces de Saint-Ouen et celui de la porte de Flandre. Ici, les «biffins» ont leurs boutiques et leurs habitations; le dimanche, ils n'ont qu'à étaler à leur porte la «brocante», mélange hétéroclite de ferraille, de vieux souliers, de garde-robes fripées, d'ustensiles de toutes sortes, avidement fouillés par des amateurs économes ou par des malins qui espèrent, une fois dans leur vie, trouver pour quinze sous une étude de Corot ou un bronze de Gouthières.
A Gentilly, au Kremlin-Bicêtre, même note, avec plus de saleté encore. A Montrouge, c'est un fouillis de cabanes, de maisons solides, de constructions peu intéressantes. De là jusqu'à la Seine, rien ou presque rien: des terrains vagues, le champ d'aviation. Passé la Seine, les guinguettes du Point-du-Jour, puis le bois de Boulogne, qui suit les fortifications d'Auteuil à la porte Maillot, où nous trouvons sur la zone: les montagnes en carton de Luna-Park, les baraques de la route de la Révolte, des bâtiments consacrés à l'industrie automobile, l'hôtel somptueux d'un conseiller municipal, et, en face, le restaurant Gillet.
Ensuite et jusqu'à notre point de départ, la banalité de quelques constructions légères qui ne sont originales, ni par elles-mêmes, ni par l'entourage.
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A qui appartiennent en général les terrains de la zone? A des capitalistes de tout repos ou à de petites gens ayant acquis, à force de travail et d'économie, un bout de jardin où ils édifient la bicoque qui leur épargne la visite du concierge le jour redouté du terme? Je me garderais bien de hasarder à cet égard la moindre affirmation; il faudrait, pour le faire en connaissance de cause, un travail de bénédictin qui échappe à ma compétence.
Il paraît toutefois prudent d'accueillir avec réserve les protestations bruyantes du syndicat qui nous fait entrevoir une population de 20.000 à 30.000 zoniers exposés à se voir «dépouillés» du bien arrosé par leur sueur et par celle de leurs aïeux.
Le marché aux puces à la porte
de Choisy.
D'après M. Dausset, président du Conseil municipal, on compte dans la zone un groupe important d'assez gros propriétaires possédant le terrain par héritage; d'autres l'ont acquis à une époque relativement récente dans un but de spéculation.