DEVANT ANDRINOPLE.--Le général Ivanof, qui commande l'armée de siège bulgare, sur la rive de la Maritza, avec son état-major. Photographie. G. Woltz.
UNE FABLE DE LA FONTAINE EN ACTION.--Le Meunier, son
fils et l'âne, dans le Turkestan. Phot. A. Svoboda.
C'est une illustration inattendue pour la célèbre fable de La Fontaine, le Meunier, son fils et l'âne, que nous apporte cette authentique photographie qui fut prise à Bokhara, dans le Turkestan... On y retrouve, saisis sur le vif, les trois personnages du délicieux apologue familier à nos mémoires: le père, vénérable vieillard, coiffé du turban, vêtu d'une ample robe rayée, son fils, un enfant encore, «mais non des plus petits», et le paisible baudet, docile sous le bât, philosophe que les vicissitudes de ce monde n'émeuvent plus.
Le voilà portant bravement sur son échine un double fardeau, dont l'un au moins est de poids; mais la route est longue, le soleil ardent, et la pauvre bête ne saurait, en cet équipage, aller loin. Pour l'alléger, le fils descend; et tout aussitôt les bons villageois rencontrés au passage de s'indigner, comme dans la fable, à la vue du jeune homme suivant à pied son père, «tandis que ce nigaud, comme un évêque assis, fait le veau sur son âne...» Le vieillard, confus, se hâte, pour détourner les quolibets, de céder sa place à son fils; et les railleries, maintenant, s'adressent au garçon, qui, confortablement installé sur sa monture, semble mener «laquais à barbe grisez». Blâmé par ceux-ci, pris en pitié par ceux-là, le père se décide à remettre son fils en croupe:
Eh quoi! charger ainsi une pauvre bourrique!
Il s'y résout enfin, pour avoir la paix. Et c'est, dans l'aventure, le malheureux âne qui, comme on dit, «a bon dos»...
LES LIVRES & LES ÉCRIVAINS
Actualité.
On a déjà lu, dans le Figaro, les magnifiques plaidoyers de Pierre Loti pour la Turquie agonisante. Ces pages courageuses de pitié et de justice aussi, dans lesquelles l'immortel auteur d'Aziyadé, de Jérusalem, des Désenchantés, demande grâce pour le vaincu oriental et stigmatise l'appel à la curée, sont réunies en un petit volume (Calmann-Lévy, 2 fr.) qui prend une place d'honneur et marque une date émouvante dans l'oeuvre de Loti. Cette noble et ardente protestation n'arrêtera point sans doute la fatalité qui entraîne les destinées d'un peuple. Mais ce cri d'humanité n'en aura pas moins eu son retentissement dans le monde: et, chez nous, dans cette France protectrice depuis des siècles des Latins orientaux que menacera évidemment désormais l'hégémonie orthodoxe, dans cette France, conseillère jadis écoutée à Constantinople et commanditaire pour près de 3 milliards des organisations financières et des entreprises industrielles et commerciales de l'Empire en détresse, tels avertissements directs de Loti, que, sous une autre forme, saisissante et documentaire, nous trouvons répétés dans l'enquête suprême de M. Stéphane Lauzanne, Au chevet de la Turquie, ne sauraient passer au milieu de l'indifférence.