L'esprit de M. Bernard Shaw ne nous est perceptible qu'au travers d'une traduction. Néanmoins, il apparaît d'une originalité singulière faite d'ironie froide, de puissance comique et d'un penchant non contrarié à la mystification. Sa comédie: On ne peut jamais dire... représentée au Théâtre des Arts, abonde en traits inattendus, un peu déconcertants, sans laisser d'être plaisante.
Au théâtre Apollo, nous avons revu avec plaisir Monsieur de La Palisse et nous nous sommes divertis aux cocasses aventures qui lui adviennent du fait de MM. de Fiers et de Caillavet, ses parrains. La musique de M. Claude Terrasse est pleine d'allégresse et d'esprit; cette opérette a retrouvé le franc succès qui l'accueillit en 1904, lors de sa création.
Cluny est la dernière bastille du vaudeville: la Cocotte bleue vient d'y être enfermée. Elle y sera visible chaque jour, sans doute fort longtemps. Le public est convié à venir s'y dérider au spectacle des péripéties où de nombreux personnages se démènent avant d'atteindre à un dénouement heureux et prévu, quoique différé.
LA DISSOLUTION DU «SOUVENIR ALSACIEN-LORRAIN.»
Bien souvent, nous avons eu l'occasion le signaler l'oeuvre accomplie aux pays annexés par le «Souvenir Alsacien-Lorrain»; de ce côté de la frontière, on a toujours suivi avec une sympathie émue les touchantes manifestations de ce culte des morts auquel les Alsaciens-Lorrains sont demeurés si fidèles. Depuis longtemps elles étaient dans les journaux allemands, l'objet de violentes et haineuses attaques. Cette campagne de presse vient d'aboutir à ses fins: le gouvernement impérial a prononcé la dissolution du «Souvenir»,--mesure qui ne pouvait manquer de soulever, dans les deux provinces, une indignation générale. Le décret de dissolution invoque les articles du Code pénal qui visent le crime de haute trahison. «C'est tout simplement fou, nous écrit notre correspondant de Strasbourg. Le «Souvenir «Alsacien-Lorrain» ne poursuivait qu'un but infiniment noble: honorer la mémoire des soldats tombés sur les champs de bataille de la guerre.»
M. Jean.--Phot. Studia-Lux.
Un homme était l'âme et la force du «Souvenir», auquel il avait consacré, malgré les obstacles, toute son activité patiente et tenace: M. Jean. C'est lui que, tout d'abord, on a voulu atteindre: la police a perquisitionné à son domicile, à Vallières, et a saisi plusieurs lettres privées où des amis de France lui annonçaient l'envoi de cotisations ou le félicitaient de son admirable énergie. Parmi elles, il s'en trouvait une dans laquelle le correspondant de M. Jean--d'ailleurs inconnu de lui--parlait des «petits canons français qui ont fait leurs preuves dans les Balkans et qui supprimeront bientôt la frontière maudite». Le gouvernement fait grand état de cette lettre, qui a gagné, dans cette aventure, une publicité dont seuls les Allemands ne sauraient se réjouir.
En attendant que l'affaire soit portée devant la Chambre des députés, l'opinion publique proteste vivement contre la dissolution du «Souvenir», tout en affirmant son attachement à l'oeuvre des tombes: «Ce coup a été plus douloureux, dit le Journal d'Alsace-Lorraine, que toutes les autres tracasseries dont nous avons été les victimes, mais il ne peut nous faire oublier nos morts. Pour supprimer ce culte de la mémoire de nos frères, il faudrait supprimer jusqu'au dernier des Alsaciens-Lorrains».