La pagode à étages, au Palais d'Été.
Dans cette partie ancienne que nous avons tenu à visiter, sur les conseils du commandant Vaudescal, en compagnie de M. O'Neil et de sa charmante femme, il y a quelques coins vraiment dignes d'admiration et, entre autres, une certaine petite pagode à étages qui est une pure merveille de forme et de couleur. Pour ce morceau et un autre, qu'on appelle le pagodon de bronze, je donnerais tout le reste, sauf, peut-être, le lac qui, dans son ensemble, est très beau, malgré qu'il soit gâté par la fameuse Jonque de marbre. Cette banale et laide curiosité pour touristes est, justement, ce qu'il y a de plus connu; le contraire m'aurait étonné.
La petite pagode à étages est encore à peu près intacte, mais le pagodon de bronze a reçu, en 1900, la visite de quelques amateurs de chefs-d'oeuvre pas cher: une de ses portes, bijou de ciselure, fait, paraît-il, le plus bel ornement des salons de je ne sais plus quel établissement de crédit, tandis qu'une fenêtre a été adoptée par un amateur éclairé. Vous savez que, à la même époque, l'un des merveilleux équatoriaux de l'observatoire de Pékin est parti en Prusse où il est demeuré. Son frère, après avoir fait, lui, un petit voyage en France, est revenu s'installer sur son piédestal comme si de rien n'était.
La seule chose qui pourrait donner à ces sortes d'opérations un semblant d'excuse, c'est l'incroyable indifférence des Chinois à l'égard de leurs richesses artistiques. Cette indifférence, je me hâte de le dire, ne peut être reprochée qu'aux fonctionnaires, car il y a encore en Chine de nombreux et fervents admirateurs des oeuvres d'art du pays. Il n'en est pas moins pénible de penser que ces beautés sont destinées à disparaître, soit par cambriolage, soit par suite d'incurie.
Pavillon d'angle et fossé de l'enceinte du Palais d'Hiver.
Il est vrai que celles qui sont cambriolées ne sont pas perdues pour tout le monde.
Le Palais d'Hiver, au centre de Pékin, forme, à lui seul, une ville fortifiée dans l'enceinte, déjà formidable, de la capitale. Depuis mon arrivée, ses interminables murs rouges, tuiles de jaune, impénétrable et exaspérante barrière par-dessus laquelle on aperçoit les vastes toitures aux teintes d'or, ses portes, farouchement closes et gardées, ses fossés, dont les eaux dormantes disparaissent sous les lotus, ses pavillons d'angle si beaux de proportions et de tonalité, exerçaient sur moi tout l'attrait de l'interdit et du mystérieux. Mon désir de voir était arrivé à l'état aigu lorsque l'autorisation d'entrer me fut, enfin, accordée,-toujours grâce à la grande obligeance de notre ministre, M. de Margerie.
Ce ne fut pas sans émotion que je pénétrai dans ce palais qui sert, maintenant, de prison au jeune empereur, otage des révolutionnaires.